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Colins Jean - rationeel socialisme - pleitbezorger van de collectivisering van de grond

ID: 178300009971

Né à Bruxelles en 1783, mort à Paris en 1859, Jean-Guillaume-César-Alexandre-Hippolyte de Colins de Ham était une figure haute en couleur. Aristocrate de naissance, soldat de carrière dans la Grande armée, vétérinaire, médecin, planteur de café et propriétaire d'esclaves à Cuba, philosophe et même théologien quoique rationaliste et soit-disant athée, il fut, sur ses vieux jours l'un des penseurs les plus originaux du siècle dernier, auteur de quelque quarante volumes dont près de la moitié furent édités de son vivant. Dans cette masse, trois titres s'imposent : celui de L'économie politique source des révolutions et des utopies prétendues socialistes dont les trois premiers volumes sortirent de presse en 1856-1857, celui de la Science sociale dont les cinq premiers volumes parurent en 1857, et celui de La justice dans la science, hors l’Église et hors la révolution, réfutant Proudhon, dont les trois tomes furent publiés en 1860. Mais il importe de relever que les manuscrits des deux premiers ouvrages que nous venons de citer datent des années 1840-1845, époque à laquelle ils circulaient parmi les disciples de Colins. Le premier d'entre eux fut l'ancien révolutionnaire et membre du Gouvernement provisoire de Belgique, Louis De Potter, né à Bruges en 1786 et mort à Bruxelles en 1859, surtout connu par son œuvre d'historien du christianisme, qui dès 1840 entreprit la publication de brochures puis de livres exposant le socialisme rationnel de son ami, parmi lesquels nous retiendrons les deux volumes des Etudes sociales datant de 1841-1842, La justice et sa sanction religieuse, parue en 1846, et le Catéchisme social publié en 1850. Son fils, Agathon De Potter, né en 1827 à Bruxelles et décédé dans cette même ville en 1906, avait été élevé dans le socialisme rationnel auquel Colins lui-même acheva de le convertir en 1846, comme l'atteste d'ailleurs l'un des textes ci-après. Ayant reçu une formation de médecin, le Dr Agathon De Potter, qui, dès 1858, s'était affirmé comme un habile polémiste en rendant compte dans la Revue trimestrielle de Bruxelles des neuf volumes que Colins avait fait paraître l'année précédente, publia l'essentiel de son œuvre dans la Revue du socialisme rationnel qu'il dirigea avec l'ancien sous-officier français Frédéric Borde, de 1875 à sa mort. Parmi ses ouvrages séparés, citons cependant une Logique, datant de 1866 et une Économie sociale datant de 1874.

(...)

Présenté ainsi, le socialisme rationnel a souvent été incompris car interprété dans une perspective étatiste, interventionniste et dirigiste qui lui est foncièrement étrangère. Colins aurait d'ailleurs pu faire sienne la parole de Fourier: «Tout ce qui est fondé sur la contrainte est fragile et dénote une absence de génie.» En matière économique, le socialisme rationnel n'est autre qu'un libéralisme absolu délivré des féodalités financières. En effet, il limite très étroitement le rôle de l'État qui se voit interdire toute activité économique de production, il est anti-interventionniste car axé tout entier sur le principe de la libre concurrence et il est anti-dirigiste car il ne reconnaît d'autre autorité que la raison. Il vise essentiellement à assurer constamment le maximum de liberté à tous les hommes, ce qui implique nécessairement:



1. Que le paupérisme moral soit anéanti par la démonstration de l'immatérialité des âmes et de la réalité de l'ordre moral; que par conséquent le dévouement soit socialement considéré comme relevant de la raison et non de la sottise; et que cette vérité soit sociale-ment inculquée à tous les mineurs indistinctement, par l'éducation et l'instruction.





2. Que le paupérisme matériel soit anéanti par la collectivisation du sol, source passive originaire de toute richesse, et de la majeure partie des capitaux mobiliers accumulés par les générations passées, donc sous la souveraineté de la force, collectivisation qui pour être réelle doit être le fait d'une société devenue effectivement l'association de tous et non plus des seuls forts.





3. Que la société soit seule chargée de l'éducation et de l'instruction pour développer au maximum l'intelligence de tous les individus afin d'établir entre eux une concurrence réellement libre, de manière que le bien-être de chacun soit autant que faire se peut la mesure de son travail, celui des inaptes au travail étant pris en charge par la collectivité au nom de la fraternité.





4. Que la société s'abstienne désormais de concurrencer quiconque dans la production, mais qu'elle garantisse la libre concurrence généralisée en proscrivant absolument toute association de capitaux, en attribuant à chaque individu une dot sociale (à titre de prêt) à son entrée dans la vie active, et en affermant la terre, divisée rationnellement en lots agricoles et industriels, aux plus offrants et derniers enchérisseurs individuels ou collectifs, les associations de travailleurs étant bien sûr autorisées par la raison . (7)»



http://classiques.uqac.ca/contemporains/rens_ivo/Anthologie_socialiste/anthologie_av_propos.html (20061006)

Land: BEL