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L'Histoire
L'Histoire dossier spécial: Les derniers jours de l'Algérie française
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wiki
PAN renaît
Edited: 201703111267
PAN était un hebdomadaire satirique belge en langue française paraissant le mercredi à Bruxelles. Le 11 mars 2017, son propriétaire a annoncé sa reparution à partir du 15 avril 2017. Il paraîtra désormais le vendredi.

Créé en 1945 sur le modèle du Canard enchaîné dont il avait gardé les couleurs, le rouge et le noir, mais en quatre pages seulement, Pan paraissait le mercredi et abordait avant tout les questions politiques belges sous l'angle de la satire. Au contraire du Canard, toutefois, les journalistes de Pan ne signaient leurs articles que d'un pseudonyme - comportant le mot "pan" (Pandémonium, Pantalon, Pandecte, Pan Bagnat, etc.) Parmi les fondateurs, le chansonnier Léo Campion, libre-penseur, anarchiste et franc-maçon. Mais celui-ci dut assez vite se séparer du journal, sa carrière de chansonnier l'emmenant à Paris.

Cependant, en partant, Léo Campion léguait à Pan un esprit irrévérencieux qui ne quitta jamais le journal. Malgré cela, ou sans doute à cause de cela, les hommes politiques se plongeaient tous les mercredis dans les quatre pages de Pan où foisonnaient les caricatures, les plaisanteries et les jeux de mots (certains inspirés par le dialecte bruxellois, ce qui les rendait compréhensibles d'une catégorie restreinte d'initiés). Dans ses dernières années, Pan dut affronter une dissidence qui se mit à publier Père Ubu. Sans doute, pour garder sa prééminence, Pan se mit alors à organiser chaque année la cérémonie de remise des "Pandores", des prix qui allaient aux diverses têtes de turc que le journal s'était choisies. C'est de bonne grâce que les victimes se pressaient à cette parodie des Oscars et autres Césars, car être cité dans Pan était un brevet de célébrité. Ce phénomène est le même que celui qui faisait se précipiter la classe politique et le public sur le Pourquoi Pas?, autre hebdomadaire satirique, représentatif d'une presse belge qui n'avait pas encore subi l'influence du style "international".

En 2004, Pan fut racheté par Dominique Janne. Il se sépara rapidement du rédacteur en chef André Gilain, et le journal redéfinit sa ligne éditoriale avec l'arrivée de Nicolas Crousse, un ex-journaliste du quotidien progressiste Le Matin disparu en 1998. Par la suite, Crousse laissera sa place de rédacteur en chef à Thomas-Pierre Gerard.

Le 14 mai 2010, l'hebdomadaire belge Trends-Tendances annonçait le rachat de Pan par son concurrent Père Ubu et la fusion des deux titres en un seul, à savoir Père Ubu, sous le slogan "Père UBU, l'hebdo qui fait PAN dans le mille tous les jeudis". Le titre se modifia ensuite en "Père Ubu - Pan"

Le 11 mars 2017, le propriétaire des marques Père Ubu et Pan a annoncé qu'il mettait fin à l'hebdo Ubu-Pan qu'il n'était « jamais parvenu à débarrasser […] de cette image d’extrême droite anti-PS et anti-immigrés » et qu'il relançait le magazine PAN, désormais aussi en numérique, à partir du 15 avril, sous la direction de l'écrivain, blogueur, chroniqueur et scénariste Marcel Sel.

voir notre collection Pan et le livre sur l'histoire de Pan


Pan selon le CRISP
Boualem Sansal
Auteur de '2084' dans un interview avec Marianne: 'Le temps des Arabes est en toute vraisemblance historiquement fini. Depuis les indépendances, ils n'ont même pas su vivre sur la rente royale (pétrole, soleil, tourisme...) que la nature et l'histoire leur ont offerte en abondance.'
Edited: 201511041311

Marianne : Pensez-vous que les totalitarismes de demain seront de nature théocratique, à la différence de ceux du XXe siècle, le nazisme et le stalinisme, qui furent d'abord antireligieux ?
Boualem Sansal : De quoi demain sera-t-il fait ? Mon idée est faite : à moins d'une révolution puissante des idées et des techniques qui viendrait changer positivement le cours calamiteux des choses, nous nous dirigeons, hélas, très probablement vers des systèmes totalitaires religieux. L'islam radical est déjà pleinement engagé dans la réalisation de cette transformation. Il a redonné vie et force à l'islam, assoupi depuis des siècles, six au moins, et un formidable désir de puissance, de conquête et de revanche aux musulmans épuisés par ces longs siècles d'appauvrissement culturel, économique et politique, aggravé à partir du XIXe siècle par le rouleau compresseur de la colonisation puis par des décennies de dictature postindépendance stérilisante. Sa jeunesse, la détermination de ses stratèges, la foi inaltérable de ses fidèles, la fougue et le goût du sacrifice de ses militants, feront la différence face aux tenants de l'ordre actuel, à leur tour atteints d'atonie, voire de déclin. Installé, rodé et perfectionné, le système ressemblerait assez à celui que je décris dans 2084. Il est possible que les intégristes des autres confessions se fondent dans le mouvement islamiste pour former avec lui le nouveau peuple élu, car aucune des religions du Livre ne peut accepter de se voir péricliter et disparaître, toutes ont besoin d'un pouvoir fort capable de maintenir Dieu sur son trône divin et de protéger son clergé.

Il n'y a plus de totalitarisme politique à l'horizon, seulement des totalitarismes théocratiques. C'est la nouveauté - effrayante - de ce début de XXIe siècle. Croyez-vous à une dérive d'une défaite planétaire de la politique, de l'espoir politique, des Lumières, d'une dépolitisation généralisée ?
B.S. : Je pense qu'on peut parler d'une défaite globale, en tout cas d'un épuisement profond de la pensée et des systèmes politiques issus des Lumières qui ont structuré et animé le monde ces derniers siècles. Les peuples n'en peuvent tant ni plus longtemps de ce marasme qui les réduit à rien et tue en eux et autour d'eux l'espoir d'une vie meilleure, ils sont demandeurs d'un nouvel ordre, fort, exigeant, conquérant, qui remette de la foi et de l'enthousiasme dans la vie et dans le combat quotidien. Le XXIe siècle ne saurait être la continuité du XXe siècle, ou d'un XXe siècle amélioré, il sera en rupture radicale avec l'ancien qui ne produit plus rien, sinon du factice, du jetable, de l'avatar.

L'Abistan - l'utopie théocratique totalitaire que votre livre imagine - renvoie votre lecteur à l'Etat islamique, Daech. Avez-vous pensé à cette parenté en écrivant votre livre ?
B.S. : En partie seulement. Pendant la décennie sanglante que mon pays, l'Algérie, a connue avec les islamistes, et notamment les Groupes islamiques armés, les GIA de triste mémoire, je me suis assez rapidement convaincu que cette branche de l'évolution de l'islam n'avait pas d'avenir, et de fait les GIA n'ont pas vécu plus de quelques années, c'est une branche morte comme a pu l'être la branche de l'homme de Neandertal. La violence seule même magnifiée ne suffit pas, il faut bien d'autres choses pour construire ce califat planétaire dont Daech rêve comme un chien rêve d'un os. Il faut de l'intelligence et du savoir pour dessiner des perspectives longues et cette branche en est dépourvue. Je pensais plutôt à l'Iran, à la Turquie, des pays puissants, organisés, qui ont une histoire depuis longtemps et de manière continue entièrement déterminée par l'islam (sauf l'intermède d'Atatürk pour la Turquie), capables de développer des stratégies de long terme et de se doter des moyens, dont les armes, pour réaliser leurs objectifs. Je vois l'objection qu'on peut faire, mais je suis persuadé qu'ils sauront le moment venu dépasser la vieille rivalité sunnites-chiites et s'unir dans la construction d'un califat mondial capable de résister au temps et à ses ennemis potentiels.

Croyez-vous que l'Etat islamique puisse vaincre, c'est-à-dire forcer d'autres Etats à le reconnaître comme un partenaire politico-diplomatique, comme l'un des leurs ?
B.S. : Je ne le crois pas, il continuera cependant d'attirer massivement les jeunes desperados radicalisés à la va-vite et pressés de mourir en martyrs, par simple chiqué au fond, pour impressionner les copains. Cela, à court terme. A plus longue échéance, une vingtaine d'années, Daech disparaîtra, il étouffe déjà dans un territoire qui ira s'amenuisant sous le coup des bombardements occidentaux et des avancées des forces gouvernementales des pays environnants. La guerre a ses limites, et le temps en est une. Même la guerre de Cent Ans s'est achevée un jour. De plus, l'Etat islamique n'a pas les cadres, les penseurs et les théologiens capables de le hisser intellectuellement et spirituellement au niveau de son ambition de dominer le monde, comparables à ceux qui aux temps glorieux de l'islam ont su édifier un empire et l'administrer brillamment. La suite de l'histoire se pense déjà et s'écrira ailleurs, probablement en Iran, en Turquie, au Pakistan, en Afghanistan. Les printemps arabes et Daech ne sont pour eux qu'une opportunité pour tester la faisabilité du projet grandiose de rétablir l'islam dans sa totalité, qui les hante depuis toujours. Ils savent maintenant que l'appel au djihad peut mobiliser les musulmans où qu'ils soient dans le monde. Le monde arabe, émietté, dispersé et épuisé, est en régression rapide, il perd déjà son leadership historique sur la Nahda islamique mondiale, le fameux Eveil de l'islam. Intégré dans le plan d'ensemble, il sera au mieux un pourvoyeur de ressources, de bases militaires et de djihadistes. Le temps des Arabes est en toute vraisemblance historiquement fini. Depuis les indépendances, ils n'ont même pas su vivre sur la rente royale (pétrole, soleil, tourisme...) que la nature et l'histoire leur ont offerte en abondance.

Pensez-vous que les pays du Maghreb peuvent combattre l'influence que Daech essaie d'acquérir sur leurs populations ?
B.S. : L'influence de Daech au Maghreb est limitée. L'islamisme maghrébin reste centré sur des questions internes. Au Maroc, en Algérie, et en Tunisie dans une moindre mesure, les islamistes dominent culturellement la société, mais, politiquement, leur influence sur la marche du pays a diminué, les pouvoirs en place sont arrivés à leur barrer l'accès au pouvoir, que ce soit par les armes ou par le jeu politique institutionnel. Un équilibre a été trouvé, il est fragile, mais il semble convenir aux uns et aux autres, les pouvoirs, les islamistes, les peuples et les pays occidentaux qui observent le Maghreb. Les pouvoirs en place ne sont au fond pas mécontents de voir leurs djihadistes partir vers Daech, où l'espérance de vie des combattants est des plus réduites.
Passons à la France. L'Etat islamique se livre à la même tentative de séduction et de perversion d'une partie de la jeunesse française. Comment empêcher ce détournement de la jeunesse ?
​B.S. : Les jeunes qui sont séduits par le discours et le combat islamistes sont-ils vraiment dans la République ? Ils sont plutôt dans sa périphérie, dans cette zone grise où, faute d'une médiation intelligente, les valeurs de la République et des valeurs dévoyées venues d'ailleurs s'entrechoquent sans cesse, de plus en plus durement. Le fossé s'élargit et traverse toute la société française, affaiblie par des crises récurrentes et tiraillée par les identités diverses et plurielles qui la composent sans plus vraiment former une unité. Le pacte républicain est mis bien à mal. L'intégration a échoué, il faut le reconnaître et la repenser de fond en comble. Qu'est-ce que la France du XXIe siècle ? Telle est la question première.

La critique de l'islamisme, voire de l'islam, est évidente dans 2084. Mais l'Occident ne paraît plus en mesure de formuler une proposition pour le monde. N'êtes-vous pas aussi implicitement critique de cet Occident qui paraît gagné par le vide et, en particulier, par la réduction de la vie et de la politique à l'économie ?
B.S. : Avec les Lumières, l'Occident a suscité d'immenses espoirs dans le reste du monde et, mieux que cela, il a réussi à l'entraîner dans la dynamique de transformation qu'il a mise en branle chez lui. Faute de moyens, de sincérité, de coordination, et faute d'approfondissement et d'actualisation des idées, la dynamique a tourné court ; sont alors apparus des résistances, des conflits, des ruptures et des contre-projets qui ont donné lieu à des retours catastrophiques aux ordres anciens. L'échec est patent, il est celui de l'Occident et celui du monde. D'où viendraient, alors, les Lumières de demain ? Sans doute pas de la Chine ou de l'Inde, les puissances économiques dominantes en devenir. Ces empires me paraissent condamnés par avance, tant le vide semble les habiter et tant grande est leur méconnaissance des expériences intellectuelles vécues ailleurs, en Europe, en Amérique, dans le monde arabo-musulman. Ils seront au mieux les agents efficaces d'un capitalisme sans âme, informatisé de bout en bout, et les consommateurs d'un marché insatiable.

Vous placez en exergue un propos dans lequel vous dites que les religions poussent à haïr les hommes. Il est vrai que dans l'Abistan, dans les fanatismes religieux de toutes sortes, mais faut-il généraliser ? Vous proposez une très forte et très belle distinction entre la croyance et la foi. Aide-t-elle à comprendre ce propos ?
B.S. : Dans toutes les religions, y compris les plus tolérantes, existe la tentation totalitaire. A la moindre difficulté, elle affleure. C'est cela qui est dénoncé dans l'exergue. Le fait de généraliser participe de la pédagogie, c'est dire aux tolérants : tâchez de ne pas tomber dans le vertige du fanatisme, restez dans la foi, elle est individuelle, silencieuse et humble, ne laissez pas la croyance des foules et ses mots d'ordre brutaux la dominer, il en sortira du mal, on fera de vous des militants aveugles, des extrémistes peut-être.

Que pensez-vous de l'interprétation de Houellebecq de votre livre comme prophétie politologique ?
B.S. : Nos livres sont, de mon point de vue, fondamentalement différents. Il est dans la politique, je suis dans une approche darwiniste, si je puis dire ; je regarde l'évolution d'un monde compulsif et mystérieux et je tente de voir ce qu'il va devenir et ce qui va en sortir. C'est l'élément religieux au cœur de nos réflexions qui a pu lui donner à penser que nous écrivons le même scénario, lui sur le moyen terme et moi sur le long terme.

Souhaitez-vous nous dire quelque chose sur ce qu'on appelle, d'une expression aussi curieuse qu'inappropriée, «la crise des migrants» ?
B.S. : Elle comporte selon moi trois aspects. L'un, humanitaire : il s'agit de venir en aide aux réfugiés, ce sont des sinistrés, il faut le faire sans hésitation, ni calcul, et dans toute la mesure de ses moyens. Les réfugiés sont appelés à retourner chez eux dans un terme qu'eux-mêmes espèrent le plus court possible. Le deuxième aspect est politique : les guerres en cours en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Nigeria, au Mali, en Libye, etc., ont pour ambition de reconfigurer le monde. Ici on dit : «Nous ne voulons pas de chrétiens chez nous» ; là on dit : «Les mauvais musulmans doivent disparaître» ; et là encore : «Telle ethnie doit déguerpir»... Ces mouvements de population sont des déportations, ils menacent l'ordre mondial, il faut les empêcher. Le troisième aspect est sécuritaire : il est source d'appréhensions et de fantasmes, ce qui rend son approche délicate. Il revient aux services de sécurité de veiller à empêcher les infiltrations de terroristes habillés en réfugiés. Les gouvernements européens qui sont les plus sollicités par les réfugiés doivent en débattre franchement et adopter des réponses franches, ce qui n'est pas le cas à cette heure.
MARCHAL Jules
Poursuite du travail forcé après Léopold II
Edited: 201505031615
Interview de Jules Maréchal
TOUDI
JULES MARCHAL
Toudi mensuel n°42-43, décembre-janvier 2001-2002
Histoire de la monarchie belge

Les faces cachées de la dynastie belge.




TOUDI - Jean Stengers prétend qu'à partir de la reprise du Congo par la Belgique en 1908, les abus ont cessé?

JULES MARCHAL - Rien n'a changé. Et d'ailleurs c'est le même personnel qui est resté sur place. Si la Colonie a été administrée convenablement ce n'est qu'après 1945 voire 1950...

TOUDI - Pourtant on entend tant de coloniaux dire qu'ils sont été déçus parce que le Congo avait été merveilleusement équipé de routes, de chemins de fer, d'hôpitaux et que la décolonisation a détruit tout cela...

JULES MARCHAL - Tout cela a été fait pour les Blancs pas pour les Noirs. Ces routes ont été construites dans les années 1920 et 1930 par des gens qui n'étaient même pas payés. Ou alors 50 centimes par jour, ce qui est à comparer au prix du pain plusieurs fois supérieur ou d'une simple couverture qui coûtait 115 f en 1945. Le chemin de fer Matadi-Kinshasa a été reconstruit dans les années 1920. On a recruté des gens dans tout le Congo et on les a contraints à venir y travailler la corde au cou. Ce sont les soi-disant chefs coutumiers qui étaient chargés de désigner les gens à prendre pour ces besognes. Bien sûr ces travailleurs forcés tentaient de s'enfuir mais ils étaient exilés loin de leurs régions natales... Beaucoup moururent.

TOUDI - Mais le régime n'était-il pas aussi dur dans les autres colonies?

JULES MARCHAL - Certaines sociétés payaient 1 F par jour, dans les années 40 au Kivu. Le maximum était de 3 F à l'Union Minière du Haut Katanga. Mais à la même époque, au Kenya, les gens étaient payés un shilling par jour ce qui signifie sept fois plus. Bien sûr l'employeur était obligé de loger et de nourrir des travailleurs aussi peu payés, mais cela se faisait dans de misérables conditions. Et pourtant les maintenir en bonne santé était quand même un minimum. En fait de logement, les travailleurs recevaient un jour de congé pour construire leur hutte. C'est à partir du plan décennal 1950-1960 que les gens ont commencé à être mieux payés.

TOUDI - Les chemins de fer ont fait combien de morts?

JULES MARCHAL - Dans mon livre Travail forcé pour le rail, j'ai établi un nécrologe où apparaissent 3684 noms. Ces gens mourraient des conditions de travail qui leur étaient imposées. Il y avait tellement de morts partout où les gens étaient soumis au travail forcé que le gouverneur général a demandé que l'on en établisse des listes mensuelles. Le total des morts est le double de ceux figurant sur les listes..

TOUDI - Quel était le nombre de morts. Morel parle de 10 millions de morts durant l'époque de Léopold II (1985-1908) ou de l'État indépendant du Congo...

JULES MARCHAL - La dépopulation du Congo a causé de l'inquiétude jusqu'en 1950. Quand la Belgique a repris le Congo on a fait l'estimation d'une population de 7 millions et par après on a monté l'estimation jusqu'à 10 millions, ce qui était la population en 1960. Maintenant, on estime la population au Congo à 30 à 40 millions d'habitants. Je sais que l'on parle toujours de la misère du Congo après la décolonisation. Mais le Congo n'a jamais été aussi peuplé. On parle aussi actuellement d'une mise en coupe réglée du Congo par les sociétés étrangères mais le pillage était bien plus grave sous la domination belge.

TOUDI - Hochschild parle lui aussi de 10 millions de morts...

JULES MARCHAL - Tout ce qu'il dit est exact, il n'y aucune exagération. Ni dans les affirmations de Morel selon lesquelles la colonisation belge - dans son premier stade - a été la plus effroyable des colonisations après celle des Espagnols en Amérique indienne au 16e siècle. Quand Stanley a pénétré la première fois au Congo il a estimé la population - on ne peut jamais faire que des estimations à l'époque - à 40 millions d'habitants. Puis les estimations ont été revues à la baisse: à 17 millions. Au premier recensement de 1910, on a compté 7 millions d'habitants. La différence donne le chiffre de Morel de 10 millions de morts. J'estime que, durant les 30 ou 40 ans qui suivent la reprise du Congo par la Belgique, il y a eu encore d'innombrables milliers de morts à cause du travail forcé et des conditions générales de vie imposées par la colonisation. C'est à peine si la population a augmenté durant toute la colonisation alors que depuis 60 elle s'est multipliée par trois, passant de 10 à 30 millions d'habitants.

TOUDI - Vous avez été fonctionnaire colonial et donc vous avez vécu toutes ces réalités-là sur le terrain mais comment vous documentez-vous?

JULES MARCHAL - Depuis 25 ans, je vais constamment consulter les archives à l'ancien ministère des colonies. Aucun autre historien ne réalise ce travail.

TOUDI - Y avait-il une telle différence entre le Congo et les autres colonies?

JULES MARCHAL - Dans de nombreux coins d'Afrique poussaient autour des villages des palmeraies naturelles ou semi-naturelles. Dans les colonies britanniques les Anglais laissèrent les Noirs les exploiter. Au Congo, l'État s'en déclara propriétaire et les attribua e.a. à Unilever qui devint un grand exportateur d'huile de palme. Non seulement les Noirs étaient privés du fruit de cette culture mais encore étaient-ils recrutés pour y travailler dans des conditions très pénibles. Au Nigeria par exemple, le gouvernement britannique a laissé l'exploitation de ces palmeraies aux Noirs et le Nigeria a été longtemps le premier exportateur d'huile de palme. Cela fait toute une différence...

TOUDI - Si vous avez été fonctionnaire colonial, vous avez dû être le témoin direct du système léopoldien (ou des traces qui en demeuraient peut-être), puis de ce qui a suivi?

JULES MARCHAL - Quand je suis arrivé au Congo en 1948, il y avait déjà une amélioration. Le travail forcé avait cessé. On commençait à payer un peu mieux les gens et on traitait mieux la main d'oeuvre. Mais vous savez, même à mon époque, la contrainte existait encore. Je l'avoue, comme fonctionnaire, j'avais les pouvoirs d'un juge de tribunal de simple police. Et en tant que tel je condamnais les Noirs, dont se plaignait la société cotonnière, à quelques jours de prison. Je les condamnais à la suite d'un dialogue de ce genre : - Pourquoi n'as-tu pas fait ton champ de coton? - Ma femme était malade. - Ce n'est pas ta femme qui doit le faire. Sept jours de prison. Et je le mettais en prison. C'était une prison ambulante. Chaque matin on sortait trois ou quatre prisonniers à qui on donnait la chicotte pour effrayer les autres Noirs astreints aux travaux dans les champs de coton. La chicotte, c'était un instrument de torture tellement c'était douloureux. De mon temps, on en donnait encore 8 puis quatre coups de chicotte par séance. À l'époque, on en donnait jusque 100, entraînant parfois la mort. Et le coton que les Noirs étaient obligés de récolter, c'était payé à vil prix par les Belges. On comprend que dans ces conditions le Congolais n'a pas pu s'épanouir. Nous l'avons pillé.

TOUDI - Vous avez participé à ce système?

JULES MARCHAL - J'étais fier de ce que je faisais. Je ne me rendais pas compte à quel système je participais. Lorsque j'ai été ambassadeur au Liberia, j'ai lu dans un journal ce qui est bien connu dans tous les pays de langue anglaise à savoir que la colonisation du Congo par Léopold II y a diminué de moitié la population, entraînant un nombre de morts estimé à 10 millions. J'ai aussitôt cherché à rassembler les preuves que ce n'était qu'un mensonge, et cela pour défendre la réputation de la Belgique dont j'étais responsable en tant qu'ambassadeur. Mais les preuves que c'était un mensonge, évidemment, je ne les ai jamais trouvées. Je me suis mis alors à chercher, chercher et j'ai écrit plusieurs milliers de pages sur le Congo en compulsant à l'infini les archives. Quand Hochschild a eu le projet d'écrire son livre sur le Congo de Léopold II, il a contacté l'un des grands historiens belges spécialistes de la colonisation, Van Sina qui enseigne à l'Université du Wisconsin. Van Sina n'a pas recommandé ses propres collègues à Hochschild, ni Stengers, ni Vellut (etc.), mais il a dit à Hoschild d'aller me trouver. L'histoire, la recherche scientifique sur le Congo... Ces gens devraient s'offusquer de ce que j'ai fait leur travail. Car tous ces historiens n'ont jamais exposé le système à l'exception de Jean-Philippe Peemans mais qui n'a écrit que sporadiquement. Savez-vous que l'Union Minière finance encore aujourd'hui une chaire africaine à Louvain-la-neuve?

TOUDI - Comment expliquer qu'un tel silence se soit maintenu durant la colonisation, du moins en Belgique?

JULES MARCHAL - Il y a tout de même quelqu'un qui s'en tire avec honneur, c'est Émile Vandervelde qui n'a cessé de dénoncer les atrocités avant et après la reprise du Congo et encore en 1931 par exemple. Mais les gouvernements belges, après Léopold II et les rois qui lui ont succédé se sont faits les complices de l'exploitation. La Belgique s'est vantée de sa mission civilisatrice, d'avoir libéré le Congo de l'esclavage alors qu'elle l'a plongé dans une forme de travail forcé qui est encore pire que l'esclavage.

TOUDI - Mais qui pouvait couvrir cela?

JULES MARCHAL - La hiérarchie des missions catholiques. Les sociétés l'aidaient à construire des églises et des écoles pour l'évangélisation. Les missions étaient subsidiées par l'État et ceux qui arrivaient piller le Congo et, derrière la façade missionnaire, l'exploitation a pu se poursuivre. Quand Vandervelde dénonçait, les évêques le démentaient. En revanche, les missionnaire protestants, ne jouissant pas de subsides, étaient libres de ce qu'ils pouvaient dire. Les missionnaires catholiques ont couvert les crimes de la colonisation. C'est grâce aux missionnaires protestants que Morel a pu dénoncer la politique néfaste de Léopold II et qu'une Commission internationale a pu la constater, forçant le roi à céder le Congo à la Belgique qui devait y mettre bon ordre, ce qu'elle n'a pas réellement fait... À noter que le missionnaire catholique individuel, travaillant avec beaucoup d'abnégation, n'est pas à blâmer. J'ai toujours été son ami au Congo.

TOUDI - Peut-on utiliser le mot d'holocauste?

JULES MARCHAL- Faites attention d'utiliser ce terme, car il fait penser à génocide. Ce mot fait partie du vocabulaire juif et il n'est pas approprié à la décimation des Congolais (même si Hochschild l'utilise). Léopold II n'avait pas du tout l'intention d'exterminer les Congelais, mais il voulait se faire beaucoup d'argent sur leur compte et financer sa colonie et c'est ainsi que des millions de gens sont morts, mais uniquement pour l'argent pas en fonction d'une idéologie.

TOUDI - Les Congolais sont-ils conscients de tout cela?

JULES MARCHAL - Je crois, comme on le voit dans le discours de Lumumba du 30 juin 1960, qu'ils ont été conscients des humiliations infligées. Vous savez, le Congo belge c'était l'apartheid. Cet apartheid était aussi grave qu'en Afrique du Sud. Les Congolais ne pouvaient venir en Belgique, car ils y auraient vu des Blancs moins riches, des misérables, de pauvres diables etc. Et cela aurait cassé l'image de supériorité du Blanc qu'on voulait donner aux Congolais. Les Congolais ne sont pas conscients de l'exploitation effrénée dont ils ont été l'objet.

TOUDI - On se souvient que les coloniaux ont terriblement critiqué la venue de Noirs à l'exposition de 1958, visite considérée par eux comme la première erreur ayant mené à une certaine émancipation des esprits ou prise de conscience. Les Belges sont-ils plus conscients que les Congolais?

JULES MARCHAL - Les Belges n'en sont pas plus conscients. On sent même percer cela chez Colette Braeckman à l'occasion de ses reportages: elle se montre nostalgique des réalisations du Congo belge, tout en condamnant le régime de Léopold II. Les Belges ont le sentiment, à cause des mensonges de l'époque coloniale, qu'ils ont apporté au Congo tout un système sanitaire et scolaire entre autres. Mais ce système scolaire n'a été mis en place que pour l'enseignement primaire: on ne peut parler de réussite sociale dans le système que je vous ai narré.

TOUDI - Pourtant on souligne souvent que le Congo a été une réussite sociale ou matérielle mais un échec politique, notamment parce que l'on n'a pas formé d'élites.

JULES MARCHAL - Les " réussites matérielles " profitaient uniquement aux Blancs. Il y a avait un hôpital par territoire (correspondant à la moitié de la Belgique) au Congo, vous trouvez que c'est une réussite cela?

TOUDI - Pensez-vous que le personnage de Kurz dans Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad serait un bon représentant de ce qu'a été la colonisation du Congo?

JULES MARCHAL - Kurz avait entouré sa maison de piquets auxquels étaient accrochées des têtes humaines décapitées. Il montre que l'environnement colonial peut créer un homme capable d'aller jusqu'au bout du crime et de l'horreur, c'est ce que veut faire sentir Joseph Conrad. Mais il n'est pas à considérer comme représentant de la généralité des Blancs.

TOUDI - Mais enfin cela, c'est les débuts de la colonisation?

JULES MARCHAL - Je voudrais bien insister ici. c'est vrai que le Congo léopoldien a été terrible, mais seulement la Terreur inaugurée par l'État indépendant du Congo a prolongé ses effets très loin sous le régime proprement belge. Vous comprenez, les Africains n'y touchant que des salaires de famine, n'avaient aucune envie d'aller travailler dans les plantations, les usines et les mines de cuivre, de diamants etc. La Terreur instaurée du temps de l'État indépendant du Congo a été soutenue jusqu'en 1950 par des méthodes qu'on appelait (par gradation): 1. les occupations militaires 2. les opérations militaires. On est même allée jusqu'à tirer sur des hommes désarmés avec des mitrailleuses comme chez les Pende au Kwilu en 1931. Ce dernier fait, le ministre des colonies Paul Tschoffen l'a reconnu à la Chambre le 21 juin 1932.

Il faut bien le voir: après la cession du Congo à la Belgique par Léopold II, le régime est resté pratiquement le même jusqu'en 1945, le nombre de morts diminuant quantitativement, mais l'exploitation étant demeurée la même sur le plan qualitatif d'un nouvel esclavagisme.

Le texte de cette conversation a été établi par Jules Marchal et la rédaction de la revue TOUDI.

Très bonne actualisation (ajout du 9/12/2009): Des millions de morts au Congo, l'avis d'un médecin en 1930.

link
de Pradel de Lamase, Paul (1849-1936)
Le Pillage des biens nationaux. Une Famille française sous la Révolution
Edited: 201504070912
L'extrait qui fait suite, est tiré de l'ouvrage de Paul de Pradel de Lamase (1849-1936), "Le Pillage des biens nationaux. Une Famille française sous la Révolution". Il illustre une bien courte partie de la vie du château d'allassac (mais pas que lui) sur lequel je faisais quelques recherches.

Malgré le caractère "conséquent" de la citation, j'ai tenu pourtant à garder ce chapitre intact et complet car sa richesse et son contenu donne un éclairage très particulier, que je n'ai pas souvent rencontré, de la révolution Française dans son ensemble et une vue précise de l'agonie du château d'allassac.

Il me semble évident qu'une certaine forme de partialité concernant la période révolutionnaire se dégage de ce texte, même si les faits exposés semblent avoir été vérifiés et prouvés, il n'en reste pas moins que les actions décrites mettent surtout l'accent sur le vandalisme de la révolution, et laissent plus largement sous silence les motivations souvent justifiées de certains de sortir d'un régime que nous n'avons toutefois jamais vraiment quitté. N'ayant pas souvent sous les yeux la vision qua pu avoir l'auteur il m'a semblé interessant de la partager.

A plusieurs reprises lors de la lecture, l'auteur se livre à des analyses qui semblent pertinentes et il sait mettre en avant les arguments que nous utiliserions encore aujourd'hui. De même, une fois passé le vocabulaire tranchant qu'il utilise pour qualifier certains groupes on découvre une personnes avisée et clairvoyante sur la nature humaine.

Pour le reste, la description des biens et de l'histoire de leur disparition est une pure merveille de rédaction et de précision qu'il m'est difficile de couper. Jugez en par vous même :

La curée

Le plus important est fait; la famille de Lamase est en exil; ses grands biens sont privés de l'oeil du maître ; il s'agit maintenant de les priver du maître lui même, de les nationaliser, en un mot. Pour cet objet, il n'y a plus qu'à laisser le plan révolutionnaire se développer dans toute sa beauté. Ce plan est simple : les propriétaires dont la fortune est adjugée d'avance aux affiliés sont d'abord contraints de sortir de France ; on les empêchera ensuite d'y rentrer; on les punira de la confiscation pour être sortis ou pour n'être pas rentrés, et le tour sera joué.

L'Assemblée Constituante accomplit en deux ans la première partie du programme. Elle provoque le désordre, elle encourage l'émeute, l'assassinat et le pillage; elle renverse les lois et coutumes établies depuis des siècles; elle anéantit les parlements et les anciennes juridictions indépendantes; elle les remplace par des tribunaux dont les juges sont à la nomination du pouvoir politique, par conséquent à sa dévotion. Toutes les institutions garantissant la vie et les propriétés des sujets du roi sont supprimées en théorie quand cette assemblée de malheur passe la main à la Législative, au mois d'octobre 1791. Les bons citoyens ne peuvent plus se faire aucune illusion. Le roi, avili et sans force, est incapable de les protéger; plus de cent mille familles vont chercher à l'étranger le minimum de protection auquel a droit tout homme civilisé.

Il ne faut qu'un an à la Législative pour exécuter la deuxième partie du programme, pour ouvrir l'ère des injustices les plus criantes, des scélératesses les plus effrontées.

Quand elle aura terminé son oeuvre, toutes les victimes désignées seront solidement ligotées; la Convention et le Directoire n'auront plus qu'à frapper dans le tas, les yeux fermés. Il ne sera même plus nécessaire de disposer de tribunaux dociles pour priver les citoyens de leur liberté, de leur fortune, au besoin de leur tête. Celle-ci sera parfois à la discrétion des geôliers qui s'amuseront à massacrer vingt-cinq ou trente mille prisonniers dans les premiers jours de septembre 1792; les survivants, on les laissera mourir de faim au fond des geôles puantes, ou on les guillotinera. Le résultat sera le même. Ni les uns ni les autres ne viendront réclamer leurs biens, et c'est le seul point essentiel.

J'ai dit que la Législative avait rétabli la loi de confiscation et aboli le droit naturel d'aller et de venir dont les Français avaient toujours joui.

L'acte d'émigration ayant passé « crime » digne de mort et de confiscation, l'heure avait sonné en Limousin de faire main basse sur le patrimoine du plus incontestablement riche et du plus bienfaisant seigneur de la contrée. Dès le mois de septembre 1792, mon bisaïeul fût inscrit sur la liste des émigrés. De quel droit ? Ses bourreaux ignoraient le lieu de sa retraite et ils ne firent aucune démarche pour la découvrir. M. de Lamase vivait à l'écart; dès que les jours devinrent très sombres, il avait pris un correspondant à Strasbourg, et toutes les lettres qu'il fit parvenir de sa retraite à ses compatriotes sont datées de cette ville alors française. Les prescripteurs devaient présumer qu'il n'avait pas franchi la frontière .

En l'inscrivant, sans plus ample informé, sur les tablettes de l'émigration, les administrateurs du district d'Uzerche, préjugeant le « crime » sans le constater, commettaient une première forfaiture. Je la signale ici pour mémoire, le chapitre suivant devant établir que le « coupable » ne fut jamais émigré, au sens que les lois homicides de l'époque attachaient à ce mot.

Les scellés furent apposés sur ses meubles et ses biens-fonds placés sous séquestre. C'était la première formalité de la dispersion aux quatre vents d'une fortune acquise par dix générations, au prix de mille efforts d'intelligence et d'économie.

Deux des frères de Jean de Lamase et un de ses fils, qui tous trois étaient restés dans leur province ou y étaient revenus, essayèrent d'obvier aux effets désastreux de cette mesure préparatoire en opposant à son exécution des moyens dilatoires, soit en revendiquant leur légitime sur les héritages, soit en se faisant nommer séquestres de quelques domaines, soit encore en rachetant aux enchères les meubles auxquels ils étaient particulièrement attachés.



Pauvres moyens ! Au jeu de l'intrigue les honnêtes gens en lutte avec les malfaiteurs ont toutes chances de succomber, car il est écrit depuis trois mille ans que « les enfants des ténèbres sont mieux avisés que les enfants de lumière dans la conduite des affaires temporelles ».

On le fit bien voir à ces infortunés. Les persécutions qu'ils endurèrent sur place furent parfois plus amères que celles de l'exil. Ils furent aussi bien et aussi complètement volés que le chef de famille... et bernés, par-dessus le marché ; ce qui est plus humiliant que d'être assassiné.

Quand on voulut mettre en vente les immeubles séquestrés, aucun acquéreur sérieux ne se présenta, tout d'abord.

C'était au commencement de 1793. Les fermiers seuls auraient eu l'audace de s'approprier les terres qu'ils avaient le cynisme de faire valoir, pour le compte de la nation; mais comme ils ne croyaient point à la durée de l'orgie; comme, d'autre part, ils ne payaient au département qu'un prix de fermage dérisoire, ils préféraient de beaucoup profiter de l'aubaine pour épuiser les champs et les vignes, en tirer le plus possible de revenus annuels et mettre ces revenus, convertis en numéraire, à l'abri des retours de la fortune.

Les paysans, les vrais, ceux qui mangent leur pain à la sueur de leur front, éprouvaient une horreur invincible à se souiller d'un vol perpétré à la face du soleil.

Leur conscience était restée et reste encore foncièrement respectueuse de la propriété d'autrui. Il existait, sur la question, un précédent qui leur fait trop d'honneur pour que je m'abstienne de le raconter ici où il trouve naturellement sa place.

Vers le commencement du seizième siècle, un Pérusse des Cars avait consumé sa fortune en fondations d'hôpitaux et d'autres bonne oeuvres. Afin de subvenir aux besoins de ses onéreuses créations, il avait hypothéqué la part de patrimoine que la loi lui interdisait formellement d'aliéner, sous n'importe quelle forme.

Ses dettes étaient donc nulles légalement ; mais le pieux seigneur n'entendait point rendre des créanciers confiants victimes de libéralités exagérées. En un testament admirable de piété et d'honneur il rendit compte à ses enfants de la situation, les suppliant, en vue du repos de son âme, de tenir pour bons et valables les engagements prohibés qu'il avait pris.

Ceux-ci cherchèrent à se conformer à ses désirs, mais ils rencontrèrent, pour l'exécution, une résistance opiniâtre dans la volonté des créanciers qui ne voulaient pas être payés et dans le refus des habitants d'acheter les terres qui servaient de gages aux créances. De guerre lasse, les des Cars abandonnèrent les domaines engagés, purement et simplement.

L'un de ceux-ci consistait en une vaste prairie attenant au fief de Roffignac. Pendant cent ans et plus cette prairie resta close comme lieu sacré, tabou. La cloture tomba enfin d'elle-même et l'enclos devint, par la force de l'habitude, bien communal où chacun menait, à son gré, paître son bétail ; c'était, plutôt qu'un bien communal, une prairie nullius. Elle a traversé même la révolution dans ces conditions, et ce n'est qu'après 1860 qu'elle a trouvé un acquéreur, lequel a déposé le prix d'achat dans la caisse municipale.

Si les vrais paysans persistaient dans leur aversion du bien d'autrui, les autres, les petits bourgeois des environs et les passe-paysans, pour qui la révolution semblait avoir été faite, témoignaient encore de la méfiance.

Les propriétés de mon arrière-grand-père étaient d'ailleurs offertes en bloc, et j'ai pu me convaincre qu'à cette époque, il en avait été de même dans presque toute la France.

En refusant de morceler les latifundia, la république montrait ainsi qu'elle entendait ne rien faire pour le menu peuple et qu'elle désirait simplement présider à la substitution de riches par d'autres riches... Mais allez faire comprendre cette claire vérité aux malheureux enivrés des mots sonores de Liberté et d'Egalité !...

En attendant que la Convention autorisât le morcellement, d'abord en gros lots, puis en lots minuscules, on s'attaqua aux divers mobiliers qui garnissaient les châteaux ou les simples maisons de l'exilé.

Je ne m'occuperai que du mobilier de Roffignac et de celui d'Uzerche.

L'invasion de Roffignac, le 25 janvier 1790, par les émeutiers et les gardes nationaux de Brive, complices du désordre et du pillage, avait considérablement détérioré les richesses amoncelées dans l'antique demeure. Les procès-verbaux officiels, rédigés quelques jours après l'événement, ne parlent que de placards éventrés, d'étoffes lacérées, de barriques de vin et d'eau-de-vie défoncées, de glaces brisées, et sont muets d'ailleurs sur le nombre et la nature des meubles emportés, quoiqu'il fût notoire que chacun des envahisseurs en eût pris à sa convenance, sans être le moins du monde inquiété !

Les chaumières des environs et aussi nombre de maisons bourgeoises s'étaient largement approvisionnées de lits, de couvertures, de draps, de serviettes, de fauteuils, de chaises, de tableaux de prix et de miniatures représentant de petits amours devant lesquels les femmes des voleurs s'agenouillaient pieusement, les prenant pour des Enfants Jésus.

Cependant la conscience des paysans se tourmente facilement ; elle est plus craintive que celle des messieurs ; la peur d'un retour offensif de la justice humaine les talonnait. Ils se défirent, moyennant quelques sous, des objets de valeur qu'ils étaient d'ailleurs incapables d'apprécier.

Les beaux meubles ne tardèrent pas à orner les logis bourgeois de la contrée ; ce fut bientôt un luxe à la mode, parmi les familles comme il faut et inclinées dans le sens de la révolution, de se faire honneur d'objets artistiques ayant appartenu bien authentiquement au château de Roffignac.

Cette mode n'est pas tout à fait éteinte au bout d'un siècle révolu.

Je sais un grand prêtre du droit, aujourd'hui mort, forcé de son vivant, — fait unique dans les annales de son Ordre — de vendre sa charge pour y avoir exécuté des tours de sa façon, qui s'est rendu acquéreur, au prix de 400 francs, d'une vaste armoire armoriée et sculptée, laquelle vaut vingt fois plus, au cours actuel des meubles anciens. Mais un de ses parents pauvres la détenait, et il a saisi l'occasion de faire la bonne affaire, à ses dépens et aux miens. Car ce meuble m'appartient toujours, il n'y a pas de révolution qui tienne.

Si je m'étais avisé pourtant de la réclamer à ce ruffian, il m'aurait répondu certainement que « possession vaut titre. »

Nous verrons bien !

Quoique découronné de ses pièces les plus belles et les plus apparentes, le mobilier de Roffignac, où l'utile était mêlé au somptueux, avait de quoi satisfaire encore bien des cupidités et bien des curiosités.

L'administration républicaine en jugea ainsi, espérant que les amateurs se présenteraient aussi nombreux que les acquéreurs des biens-fonds se faisaient rares. Voler un meuble ne semble pas, en effet, aussi coupable ni surtout aussi accusateur que voler un champ. Le meuble se détruit à l'usage, et quand il est usé il n'en est plus question ; un champ reste, au contraire, et le blé qu'il produit chaque année reproche son crime au larron, et ceci à perpétuité.

Le calcul était juste. On commença par le mobilier d'Uzerche. Celui-ci était intact ou semblait intact, car je dirai tout à l'heure ce qu'il y manquait d'essentiel.

Il fut divisé en huit cent soixante lots, sauf légères erreurs dans mes additions,car j'ai la nomenclature sous les yeux et je tiens à être précis. Ces huit cent soixante lots furent adjugés pour la somme totale de 7.083 livres 8 sols 3 deniers.

Cette vente, présidée par le citoyen Roume,semble avoir été effectuée en un seul encan, le 25 mars 1793, ce qui montre à quel point on avait hâte d'en finir avec cette opération véreuse.

Les prix s'en ressentirent. Les acheteurs payant en assignats, et les assignats étant tombés déjà à ce moment à 50 p. 100 de leur valeur nominale, il convient de fixer à 3.500 francs environ la somme réellement perçue par le Trésor.

Quant à l'estimation véritable de tous ces objets, dont la possession allait embellir et empoisonner tant de maisons, on s'en fera une idée quand j'aurai noté que deux fauteuils en bon état et recouverts de velours d'Utrecht furent vendus 8 livres en assignats; et une excellente bergère 10 livres de la même monnaie.

En évaluant à 50.000 francs le prix marchand de notre mobilier meublant d'Uzerche, je crois rester au-dessous de la vérité.

Que de noms on relève dans cette longue liste d'acheteurs, qui seraient étonnés de s'y voir couchés tout vifs ! Mais il me plaît d'être discret.

Il est d'ailleurs probable, qu'un certain nombre d'entre eux, obligés de donner des gages de civisme, avaient, en s'appropriant certains objets, la bonne intention de les rendre plus tard au légitime possesseur et même de s'en faire accroire à ses yeux, au cas où la contre-révolution eût été victorieuse et où M. de Lamase serait revenu en maître.

Mais voilà ! Le contraire s'est produit et l'enfer est pavé de bonnes intentions. Presque tous ces enchérisseurs ont pensé que ce qui est bon à prendre est bon à garder... et ils ont tout gardé! Peut-être en est-il encore, parmi leurs descendants, qui se couchent dans nos draps et s'essuient avec nos serviettes, tant, dans les anciennes maisons, le linge était abondant et de qualité durable.

Je ne connais, dans l'espèce, que deux cas de restitution.

En 1837, un de mes grands-oncles, accablé par l'âge, désira mourir sinon dans le lit, du moins dans le fac-similé du lit à baldaquin où il était né. Il connaissait le paroissien qui, moyennant 17 livres 10 sols, se l'était approprié et, depuis un demi-siècle, y étendait tous les soirs ses membres maintenant engourdis par la vieillesse.

Mon oncle lui demanda par lettre de permettre à son ébéniste d'en prendre le dessin et la mesure. Le bonhomme, qui était devenu dévot, non par crainte de dieu mais par peur du diable, répondit en envoyant l'objet et ses accessoires, regrettant que tout cela ne fût plus très neuf. J'ajoute qu'il restituait un vieux lit, mais qu'il retenait une terre importante qui n'avait pas vieilli.

En 1910, un pauvre artisan d'Uzerche l'a imité, en rendant spontanément un papier de famille; c'est un diplôme de l'Université de Bordeaux, concernant un de mes ancêtres; ce parchemin n'a aucune valeur, même à mes yeux; le geste ayant été honnête, je tiens à le noter.

L'opération de la vente d'Uzerche s'étant effectuée sans trop de scandale, on procéda à celle de Roffignac, mais celle-ci fut singulièrement plus longue et ne dura pas moins de dix décadis consécutifs.

La valeur en était beaucoup plus importante, tellement importante que le citoyen Lavergne, commissaire du district de Brive, vint s'installer au château pour y diriger l'encan et y vivre grassement aux frais de la princesse, assisté des citoyens Chicou et Deyzat.

Commencées le 1er septembre, les enchères ne furent terminées qu'en décembre et produisirent un total d'environ 50.000 livres en assignats, équivalant à un peu plus de 25.000 en numéraire, ce qui porte la valeur marchande aux alentours de 300.000.

Et une bonne partie de la marchandise avait été abîmée par le passage des barbares.

Les réflexions suggérées par les opérations effectuées à Uzerche s'imposent au sujet de celles d'Allassac. J'userai d'une égale discrétion en ce qui concerne les noms des profiteurs d'occasion, évidemment plus nombreux... cinq ou six cents ! Je ne me permettrai qu'une observation au point de vue de l'art.

Mon arrière-grand-père, jaloux de moderniser Roffignac et de lui imprimer le cachet de distinction alors à la mode, avait orné l'escalier d'honneur d'une rampe magnifique en fer forgé. Ce chef-d'oeuvre était calqué exactement sur la rampe du palais ducal de Nancy qui passait pour une merveille de ferronnerie et qui est réputée de nos jours encore pour une chose remarquable. Les brutes officielles la cassèrent en vingt et un morceaux et la subdivisèrent en autant de lots qu'achetèrent vingt et une autres brutes sans épithète.

Qu'ont-ils fait de ces lots ? Quelques-uns sans doute portèrent les leurs au forgeron qui dut les transformer en instruments aratoires. Mais j'en soupçonne d'autres, déjà messieurs quoique sans-culottes, de les avoir gardés jusqu'à des temps plus calmes pour les revendre à bénéfice, car la belle orfèvrerie de fer a toujours été prisée des connaisseurs.

Je ne dois pas terminer ce rappel de la venté nationale de nos mobiliers sans faire une constatation d'ordre général, car elle s'applique à toutes les rapines du même genre, sur toute la surface du territoire de la république.

Dans les inventaires interminables qui défilent sous mes yeux, je vois bien aligner des lits, des draps, du linge, des fauteuils, des canapés, des chaises, des pots de chambre, des balais, des bahuts, des bois de bibliothèques, des ustensiles de ménage et de cuisine, etc., etc.; je ne vois jamais figurer de bijoux, d'argenterie, de tableaux et de livres précieux. Et Dieu sait si mon arrière-grand-père était fourni de ces objets de luxe, aussi bien d'ailleurs que la plupart des châtelains, des bourgeois et même des campagnards aisés de son temps ! Rien que son argenterie de table représentait une fortune. Et cependant on ne met en vente ni un seul couvert ni un seul plat d'argent. Tout cela est évanoui. L'invasion bestiale des émeutiers de Roffignac a mutilé et brisé des meubles qui se voient, des pendules, des glaces, laissant intacts l'or et l'argent rangés dans des coffres qu'ils ont négligé d'éventrer. Mais à l'invasion des rustres en blouse et en sabots ont succédé plusieurs invasions de gens bien mis et bien chaussés, qui, sous prétexte d'apposition de scellés ou de formalités d'inventaires, ont clandestinement pénétré dans les riches demeures, fracturant les serrures et emportant le solide; tout ce qui, sous un volume médiocre, représente la forte somme réalisable à toute heure et dont personne ne s'avise de demander compte. Ils laissent les miettes du festin au menu peuple, fabriquent ainsi des milliers de complices et, grossissent la responsabilité de ces complices, dans le but de les déterminer à persister à jamais dans l'hérésie révolutionnaire ; ils se dissimulent dans l'ombre et s'emparent de l'or et de l'argent, sûrs que la possession de ces métaux les mettra à l'abri des réclamations futures; car l'argent ni l'or ne portent avec eux la marque du possesseur légitime, ou, s'ils la portent, il est facile de l'effacer.

Ce phénomène, encore une fois, s'est produit partout, d'abord secrètement, puis ouvertement, à la face du soleil. Les grands guillotineurs forcent les détenteurs de numéraire et d'orfèvrerie à les déposer, sans reçu, entre leurs mains. Ils volent les calices et les ciboires des églises, brûlent les chapes sacerdotales pour en extraire les fils précieux.

Fouché, après son proconsulat de Nevers, entasse les produits métalliques de ses exploits dans quatre fourgons qu'il expédie tranquillement vers sa maison de Paris. Lequinio fait faire des perquisitions domiciliaires à Rochefort et remplit trois tonnes d'écus de six livres, qui constituent ses petits profits. On verra plus loin qu'on allait jusqu'à fouiller dans les poches pour en extraire la monnaie.

Cette raréfaction de l'or et de l'argent, opérée par les chefs de la révolution et à leur avantage exclusif, produisait fatalement la disette, laquelle occasionnait les accaparements du blé et, finalement, déterminait la banqueroute. Ces trois dénouements, faciles à prévoir, devaient être trois nouvelles sources de lucre pour les bandits. Ils les escomptaient, et ce calcul odieux n'est pas un des côtés les moins intéressants de la philosophie révolutionnaire.

La France, on ne saurait trop insister sur cette vérité, possédait cinq milliards de métaux d'échange en 1789, beaucoup plus proportionnellement qu'aujourd'hui, étant donnés les besoins décuplés du commerce. La moitié de ce trésor national était monnayée; l'autre était convertie en objets d'art. Cette joaillerie était la réserve de la France, car, dans un besoin pressant de l'Etat, ses détenteurs n'hésitaient jamais à la porter au trésor public pour y être traduite en numéraire.

La révolution n'avait pas sévi trois ans qu'il ne circulait plus en France une seule pièce d'or et d'argent, et qu'on ne mangeait plus que dans des assiettes de faïence avec des fourchettes de fer.

Les divers hôtels des Monnaies, autrefois et depuis si actifs, tombèrent en sommeil comme les Loges. C'est à peine s'il a été frappé, de 1790 à 1801, pour quinze millions de numéraire jaune et blanc. La frappe du billon, dont la valeur intrinsèque est insignifiante, fut seule intarissable, comme l'impression des assignats.

Où avaient donc passé ces cinq milliards ? Evidemment dans les poches des chefs de la conspiration.

Aussitôt l'ordre matériel rétabli et la Banque de France instituée, on vit s'engouffrer dans ce réservoir national tous les métaux précieux naguère introuvables. Après les avoir liquidés les fripons éprouvaient le besoin de les solidifier à nouveau ("Sarepta dicitur Gallia, ubi metallis rapiendis et liquandis" Exégèse rabbinique de la Bible). Si, de 1790 à 1802, la Monnaie n'a fabriqué que quinze millions de pièces métalliques, elle en a jeté en circulation pour plus de quatre milliards dans les dix années qui suivent.

Il semble bien que voler soit le propre de l'homme, presque autant que forniquer. Il faut une grande vertu naturelle et beaucoup de religion pour résister à la tentation de pratiquer ces deux vices, quand le diable les présente dénués de danger et abrités contre la honte.

En 1793 vertu et religion étaient également bafouées.

Quand les gens demi-honnêtes eurent compris qu'on pouvait, en prenant quelques précautions légales, s'approprier le mobilier d'autrui, sans éprouver de trop cuisants remords et sans être montrés au doigt par le voisin aussi peu innocent qu'eux-mêmes, ils estimèrent que la prise de possession des maisons et des terres du prochain ne tirerait pas beaucoup plus à conséquence.

Il se présenta donc des acquéreurs pour concourir aux adjudications des biens-fonds.

On avait vite renoncé à former des lots considérables auxquels seuls auraient pu prétendre les gros bonnets du pays, du moins ceux qui ne refusaient point de se déshonorer mais prétendaient y mettre des formes.

Il convenait donc de laisser les paysans s'engager les premiers dans cette opération malhonnête. Ils en auraient la honte et, plus tard, on s'arrangerait pour racheter leurs petites parcelles, d'autant plus aisément que les cahiers des charges contenaient une clause de rescission de vente en cas de non-paiement dans les délais stipulés. En outre, il fallait payer comptant le premier dixième de l'adjudication; c'était un moyen de vider à fond les bas de laine des cultivateurs et de « liquider » tous les métaux de France, jusqu'au dernier louis, jusqu'au dernier écu de six livres, conformément au programme.

D'ailleurs, le conventionnel Cambon, le receleur en chef de tous les biens volés, criait misère. Les biens, dits nationaux, étaient les gages des assignats et les assignats baissaient, baissaient toujours.

La Convention ordonna alors de diviser les latifundia en plusieurs lots, de vendre chaque parcelle à n'importe quel prix et d'accorder aux acheteurs de grandes facilités de paiement.

En ce qui concerne les domaines de mon arrière-grand-père, les administrateurs de la Corrèze décidèrent qu'il serait politique de commencer par la mise en vente d'une vaste prairie qui s'étendait au pied de sa maison patrimoniale d'Uzerche, et qui, par sa situation en contre-bas des anciens remparts, était d'une fécondité rare. Constamment arrosée par la Vézère et engraissée par les eaux de la ville, elle excitait la convoitise des sans-culottes peu délicats.

La prairie, d'une contenance de 24.800 toises carrées d'après l'inventaire officiel, c'est-à dire de dix hectares environ, fut divisée en huit lots.

Sept furent vendus le 19 ventôse de l'an II, ce qui correspond au 9 mars 1794.

Oh ! par cher. Cette propriété, qui vaut certainement aujourd'hui plus de 100.000 fr. en bloc, pouvait être évaluée à cette époque 60.000 livres. Elle fut cédée aux amateurs pour le prix de 15.925 fr.

Un peu plus du quart, dira-t-on. Il est donc exagéré de prétendre que les biens nationaux ont perdu sur le marché 95 p. 100 de leur valeur.

Attendez ! Le prix de 15.925 francs existe bien sur le papier officiel, mais la somme effectivement versée au Trésor fut réduite au chiffre plus modeste de 1.218 fr. 55. La dépréciation réelle subie par notre prairie d'Uzerche fut donc de 98 p. 100.

Par quel miracle d'opération mathématique et de rouerie fiscale en est-on arrivé à ce résultat fantastique ?

Oh ! bien simple. Les acquéreurs avaient la faculté de se libérer en assignats reçus à leur taux nominal, et ils en usaient avec d'autant plus d'enthousiasme que l'assignat était déjà tombé au commencement de 1794 à 40 p. 100 de sa valeur fiduciaire ; mais ils avaient aussi le droit d'anticiper les payements fixés à dix échéances annuelles, toutes égales.

Ils en usèrent de même ; cependant ce ne fut point par excès de zèle.

Je prends comme exemple l'individu qui se rendit adjudicataire du lot n° 1 au prix officiel de 2.400 francs. Le jour de l'enchère il versa deux cent quarante livres en assignats, soit quatre-vingt-dix francs convertis en numéraire. L'année suivante, cent francs d'assignats ne valaient plus que vingt francs. Il donna encore deux cent quarante livres, soit cinquante francs en numéraire. Au commencement de 1796, la troisième année de l'acquisition, un vent de ruine soufflait sur toute la France. On achetait couramment mille livres en assignats avec un louis d'or authentique ou avec quatre écus de six livres.

Tous les acheteurs du pré Lamase jugèrent le moment favorable pour anticiper les payements. Ils acquittèrent huit annuités d'avance. L'adjudicataire du premier lot paya donc les 1.920 francs qu'il devait encore en monnaie de singe, je veux dire avec huit ou dix écus de six livres, en sorte que sa nouvelle propriété, si elle lui coûta son honneur et peut-être le salut de son âme, ne l'appauvrit que de 161 fr. 55, pas même la valeur de la moitié d'une récolte de foin.

Cette spéculation était à la portée de toutes les intelligences. Parmi les soixante-dix à quatre-vingts voleurs de nos immeubles je n'en ai remarqué qu'un seul n'ayant pas su profiter de l'occasion. C'était un sot qui paya cher sa sottise. En effet, vers la fin de 1796, les grands chefs de la révolution, ayant jugé que la vaste escroquerie des assignats avait procuré le maximum de profit qu'ils pouvaient raisonnablement en attendre, décrétèrent leur première banqueroute. Disqualifiant eux-mêmes les quarante-sept milliards de petits papiers revêtus de leurs signatures, ils décidèrent que ceux-ci ne seraient plus reçus, à aucun taux, dans aucune caisse publique. Il fallut payer en numéraire et bon nombre d'acheteurs de biens nationaux en étant démunis furent déchus de leur acquisition. Le vol leur coûta au lieu de leur rapporter, et beaucoup de paysans apprirent à leurs dépens qu'il en cuit parfois de s'acoquiner avec les fripons des villes.

Les bourgeois et les gentilshommes dévoyés attendaient ce moment-là pour reprendre, à meilleur marché encore qu'en 1793 et 94, les parcelles qu'on avait abandonnées aux miséreux et arrondir les gros lots dont ils étaient déjà nantis. Ce mouvement tournant et enveloppant leur fut facilité par le gouvernement du Directoire qui décida dès lors qu'on ne mettrait plus les biens nationaux aux enchères mais qu'on les céderait de gré à gré.

On peut imaginer la nouvelle gabegie à laquelle donna lieu cette mesure.

Voici pourquoi les latifundia, qu'on ne voulait plus souffrir aux mains des nobles, se reconstituèrent entre les griffes des clercs d'huissiers, hommes de loi, secrétaires de mairie, magisters de villages, prêtres défroqués et autres espèces qui composèrent l'immense majorité des gros acheteurs, et dont quelques-uns ont fait souche d'honnêtes gens, défenseurs du trône, de l'autel, surtout partisans irréductibles du principe sacro-saint de la propriété. Leurs descendants croiraient manquer à toutes les traditions de la chevalerie s'ils n'ornaient point leurs noms de la particule, s'ils ne le flanquaient point même parfois d'un titre ronflant.

Cette note historique et philosophique m'a éloigné un peu du sujet principal du chapitre. Aussi bien, dois-je supposer que les digressions de cette nature offrent un intérêt plus général que la nomenclature un peu sèche des biens ravis, alors même que j'imprimerais tout vifs les noms des personnages qui ne rougirent pas de s'enrichir de ces dépouilles, noms qui sont au bout de ma plume mais qui n'en sortiront pas encore. Il me suffit, pour l'instant, de troubler leurs héritiers dans une possession... moralement irrégulière.

Je me suis étendu assez longuement sur la vente de la prairie d'Uzerche, afin de mettre à nu les procédés de liquidation de l'époque révolutionnaire, et pour expliquer pourquoi l'immense vol des biens nationaux ne constitua finalement qu'une opération financière des plus médiocres. Cinq cent quarante millions seulement sont tombés dans les poches du détrousseur en chef, Cambon, et l'on estime à vingt-cinq milliards la valeur marchande des propriétés qui furent confisquées, soit huit milliards au clergé tant régulier que séculier, quinze milliards aux émigrés et deux milliards aux décapités. Cela fait à peine du 3 p. 100, moins que les brocanteurs louches ne donnent aux cambrioleurs et moins que les banqueroutiers frauduleux qui se respectent, après fortune faite, n'attribuent à leurs clients.

Il semble d'ailleurs que ce soit un prix fait. Le milliard des congrégations, je l'ai dit dans la préface, ne produit que trente millions, soit 3 p. 100 de l'estimation, et les prolétaires septuagénaires n'en tirent pas plus de profit que les pauvres de 93 n'ont tiré de revenant-bon de la spoliation des nobles et des prêtres. C'est le métier des déshérités de la fortune d'être toujours dupes.





Si le pré Lamase n'a procuré que 1.218 fr. 55 net au Trésor, la belle terre de Roffignac a rapporté moins encore proportionnellement. En 1789, elle était estimée un million environ. Sa valeur s'est beaucoup accrue depuis, tant à cause de la bonification de la culture qu'en raison de l'exploitation d'ardoisières d'un excellent rapport (Ces ardoisières sont exploitées par une société en actions, en sorte qu'un nombre notable de mes compatriotes se partagent nos trésors souterrains. On trouve parmi les actionnaires, non seulement la quantité mais parfois aussi la qualité, je veux dire certains noms qu'on aimerait autant ne pas rencontrer sur la liste). Jusqu'en 1796 c'est à peine si l'on en avait détaché quelques lambeaux, achetés par des paysans ambitieux d'agrandir le champ dont ils étaient riverains. En 1795 on divisa le bloc en quatre lots qui furent acquis par trois petits bourgeois d'Allassac et un ancien valet de chambre du château. Celui-ci consacra à l'accomplissement de sa mauvaise action les économies de ses gages; ce qui constitua un placement avantageux, car ses descendants vivent encore sur la terre plantureuse acquise ainsi par l'ancêtre, en bons rentiers, craignant Dieu et les gendarmes. Je respecte leur quiétude en ne les nommant pas. Par charité je tais aussi le nom de ses trois camarades qui expièrent, de leur vivant, par des fins lamentables, leur faute jugée par Dieu impardonnable en ce monde.

Les quatre gros lots et les petits furent adjugés au prix global de 252.000 livres, payées sur-le-champ ou en deux termes, avec des assignats valant un louis les mille livres, — mettons deux pour faire bonne mesure — ce qui ramène la somme versée au Trésor au maximum de dix ou douze mille livres — un peu plus de 1 p. 100.

La terre de Vignols fut divisée en neuf lots. L'un d'eux fut généreusement abandonné à mon grand-père qui, n'ayant pas émigré, avait droit au quart des biens de son père, c'est-à-dire au septième du quart, puisqu'il ne représentait qu'un septième de la descendance. Mais on lui rogna quand même ce vingt-huitième de portion. Après ventilation, il n'obtint qu'une maison d'habitation et une quinzaine d'hectares de prés, terres, bois et vignes. Il dut s'en contenter, car il y allait de la vie de protester, et j'ignore s'il ne fut pas même contraint de dire merci! Coûte que coûte, il importait de sauver du naufrage universel ce lopin de l'héritage des Maulmont, l'illustre famille qui a eu l'honneur de donner deux papes à l'Église, Clément VI et Grégoire XI.

Les terres possédées sur le territoire de la ville d'Uzerche, y compris la prairie Lamase, furent adjugées au prix total de 262.000 livres, qui rapportèrent à Cambon dans les trente mille francs ; ce qui fait presque du 9 p. 100 sur l'adjudication; mais pour obtenir la valeur réelle il faut, comme dans les autres cas, multiplier 262.000 par 4.

Dans la commune de Vigeois, huit cents hectares environ, subdivisés en vingt-cinq ou vingt-six domaines et constituant cinq seigneuries, Roupeyroux, Haute et Basse-Mase, Charliac, Charliaguet et La Nauche évitèrent le morcellement à l'infini. Il semble que chacune de ces propriétés ait été adjugée à un seul enchérisseur, et les prix atteints furent relativement élevés. C'est ainsi qu'on paya la Haute-Mase 31.000 livres et la Basse-Mase 32.000. La Nauche fut adjugée à un métayer, nommé Lacroix, qui emprunta à un usurier l'argent qu'il jugeait utile à la faisance-valoir. Au bout de deux ans le prêteur le fit exproprier, et Lacroix, sans ressources, se fit bandit et coupeur de routes, estimant ce métier plus honorable que celui de voleur de biens. Les gendarmes le massacrèrent dans un chemin creux, en 1799, au cours d'une de ses expéditions nocturnes. Un des domaines de Charliac fut laissé à mon grand-père, soit disant pour compléter, avec les quinze hectares de Vignols, la part de sa légitime.

Le reste de la propriété de Charliac fut morcelé, mais les divers acquéreurs subirent, plus ou moins, la fâcheuse destinée de Lacroix. Leurs premiers successeurs ne furent pas plus heureux. Quand les drames parurent oubliés, un spéculateur patient fit masse de tous les morceaux et en constitua, en les joignant à la terre et au château de la Nauche, une des plus belles propriétés du pays.

Le Roupeyroux fut adjugé à un ancien huissier, le nommé B..., celui-là même qui a rendu en 1837 le lit à baldaquin. Il l'a transmis à ses enfants et c'est maintenant son petit-gendre qui l'occupe, quand il n'occupe pas au tribunal.

Le domaine de Fleyniat à Lagraulière fut adjugé au prix officiel de 25.000 livres. Les beaux et nombreux domaines de Perpezac-le-Blanc, de Perpezac-le-Noir, d'Orgnac, de Voutezac, du Lonzac, etc., furent vendus à des aigrefins dont j'ai la liste (Un des acquéreurs, sans le sou, se porta adjudicataire d'un domaine pour le prix de 30.000 livres. II courut à sa nouvelle propriété, en détacha une paire de boeufs et s'empressa de les vendre à la foire voisine au prix de 40.000 livres en assignats. Il en donna 30.000 au fisc, et avec le reste acheta deux veaux. Je défie bien les apologistes les plus déterminés de la révolution de démontrer qu'une propriété constituée de cette façon repose sur des bases inébranlables.).

Je me dispense de la divulguer; mais j'exprime un regret cuisant en songeant à la perte de la terre de Montéruc, au demeurant d'assez mince valeur. Elle nous venait des Roffignac qui la tenaient eux-mêmes, par suite de trois alliances consécutives, du cardinal Aubert de Montéruc, neveu du pape Pierre Aubert des Monts, connu dans l'histoire sous le nom d'Innocent VI (1352-1362) (Si Montéruc n'avait pas grande importance, en tant que terre régie par le seigneur, elle en avait une inappréciable par le nombre des redevances auxquelles étaient astreints les habitants du pays. Je n'ai pas compté moins de trois cents de ces tributaires, payant qui une géline, qui une douzaine d'oeufs, ou une gerbe de blé ou une gerle de vin, etc. Ces redevances ou servitudes provenaient de ventes régulières ou de donations à titre légèrement onéreux; elles servaient à maintenir un lien très ténu mais indéchirable entre le maître primitif et les familles de ses anciens tenanciers ; c'était un rappel de propriété. En détruisant tous ces titres dans la fatale nuit du 4 août, l'Assemblée Constituante a donc commis un attentat contre le bien d'autrui, premier crime qui a facilité les autres.).

Avant de clore ce chapitre des spoliations, il est juste de consacrer quelques pages à la destinée du château de Roffignac, dont les conjurés du Bas-Limousin ne pouvaient considérer l'aspect majestueux sans qu'une basse envie ne pénétrât leurs âmes cupides et n'échauffât la haine qu'ils avaient vouée au châtelain.

Aucun cependant n'avait osé l'acheter pour s'y prélasser en maître. Même aux heures de complet bouleversement et de travestissement de toutes les conditions sociales, les usurpateurs les plus osés reculent devant certains ridicules.

En sus des quatre gros lots du bloc domanial, il existait une réserve assez importante entourant la demeure seigneuriale. L'administration de l'enregistrement l'avait affermée à un sans-culotte qui était, en même temps, un sans-soutane, car c'était un prêtre défroqué (J'ai longtemps cru que ce malheureux était le curé d'Allassac, mais des renseignements plus précis m'ont appris qu'il était curé d'une paroisse voisine où nous avions aussi des biens. Le scandale reste d'ailleurs le même.).

Cet apostat y faisait bombance tandis qu'une affreuse disette sévissait sur toute la contrée, et il s'efforçait de donner tous les jours des gages de plus en plus irrécusables de son sans-culottisme. Les novices du crime ont toujours peur de n'y être point enfoncés assez profondément pour étouffer leur conscience et pour donner aux professionnels des preuves suffisantes de leur sincérité. Ce double sentiment explique pourquoi les plus forcenés terroristes furent généralement des prêtres ou des ex-dévots.

Le spectre du vieil exilé, dont il dévorait audacieusement les revenus, hantait ses rêves. Il lui aurait volontiers fait couper le cou, mais la victime était hors de portée. Ne pouvant lui prendre la tête, il résolut de s'en prendre à son château et de détruire ainsi une demeure de gens de bien.

La démolition de Roffignac ne pouvait rien rapporter à personne. Le peuple criait la faim : on lui offrait des pierres. Il paraît que le système a du bon puisqu'il réussit encore quelquefois.

Quand l'ex-curé proposa à la municipalité de la commune d'Allassac de découronner le château, celle-ci fut choquée qu'il prît une initiative aussi radicale. L'apostat menaça alors les officiers municipaux de porter contre eux une accusation de modérantisme. Epouvantés, ils le supplièrent de faire du moins les choses régulièrement, de présenter une requête officielle sur laquelle ils prendraient une délibération conforme à ses désirs. Le déprêtrisé s'exécuta, mais comme c'était un prévoyant de l'avenir le texte de sa pétition a totalement disparu.

Il reste pourtant les procès-verbaux des actes officiels auxquels donna lieu ce document.

C'est d'abord le récit des événements qui provoquèrent la première réunion du conseil municipal d'Allassac :

La pétition avait été transmise par l'intermédiaire de deux jacobins de la commune et renvoyée à une commission; mais sans attendre que la municipalité eût statué sur sa demande, l'apostat avait ameuté deux fois le peuple, et le peuple avait menacé de procéder sans autorisation à la démolition. On l'avait calmé en le « pérorant », et en promettant d'envoyer sur-le-champ deux commissaires à Brive, chargés de solliciter des administrateurs du district, « seuls investis du pouvoir d'ordonner la destruction d'un bien national, la permission d'abattre Roffignac ».

Manifestement, les officiers municipaux ne cherchaient qu'à gagner du temps. Mais ils n'avaient pas eu la main heureuse dans le choix des commissaires expédiés au district de Brive. L'un de ceux-ci, fesse-mathieu de la localité, était capable de marcher sur le cadavre de son père pour parvenir à faire parler de lui.

Les bruits les plus sinistres couraient sur l'autre, tout jeune homme, étranger au pays. Il y était apparu depuis six mois à peine, amené de très loin par un marchand roulier qui, le sachant réfractaire à la conscription, l'avait caché dans le chenil de sa carriole pour le dérober aux recherches des gendarmes. On assurait que, levantin d'origine et conduit en France par un officier de marine qui l'avait fait instruire, il avait livré son libérateur au bourreau. Audacieux et bavard intarissable, il n'avait pas tardé à prendre la tête des sans-culottes du pays, et les honnêtes gens le redoutaient.

La municipalité d'Allassac lui avait donné, ainsi qu'à son collègue, l'instruction secrète de rapporter à tout prix un arrêté du district de Brive prescrivant de surseoir indéfiniment à la démolition du château.

Par la lecture de l'arrêté qui suit on va voir comment les deux drôles s'étaient acquittés de cette mission de confiance.

Je passe sur les préliminaires, rappelant la pétition du mauvais prêtre R...

"L'administration du district, n'entendant pas contrarier la voix du peuple pour la démolition du cy-devant château de Roffignac, déclare recommander à la loyauté du peuple de la Commune d'Allassac la conservation du mobilier et des denrées, tant en vins qu'en grains, qui sont dans les bâtiments de ce cy-devant château, dont le peuple serait responsable tant collectivement qu'individuellement, en cas de dilapidation ou dégradation; sous la même responsabilité, de pourvoir à la sûreté des dits objets, soit par le moyen des scellés sur les portes des bâtiments qui les contiennent, s'ils ne doivent pas être démolis, soit par le déplacement, s'il y a lieu, après en avoir préalablement constaté les quantités et qualités par un procès-verbal énumératif régulièrement fait, avec recommandation expresse à la dite municipalité de prendre toutes les autres mesures de précaution que sa prudence lui suggérera suivant les circonstances, pour la conservation des dits objets.

Fait au conseil d'administration du district de Brive, le 1er germinal, an II, de la Rép. fr., une et indivisible.

Suivent cinq signatures."

Il n'y avait plus qu'à s'exécuter et, dès le lendemain, la municipalité d'Allassac faisait procéder à la nomenclature du mobilier restant encore dans le château.

Cet inventaire n'offre point par lui-même grand intérêt ; il témoigne seulement de l'inquiétude des malheureux obligés de le dresser et des précautions qu'ils prennent pour accroître, le plus possible, le nombre des responsables. Neuf signatures, en effet, sont apposées au bas de ce long document, et l'une d'elles a même été, ultérieurement, grattée frénétiquement. A ces neuf noms sont ajoutés ceux de douze commissaires désignés pour surveiller les travaux de la démolition et prendre garde que les matériaux ne soient point détériorés. Tout le long du papier, ces infortunés officiers municipaux protestent qu'ils agissent ainsi à leur corps défendant.

La destruction méthodique dura quatorze jours, du 4 au 18 germinal de l'an II. La population, que les citoyens R... et X... avaient représentée comme désireuse d'accomplir au plus vite cet acte de vandalisme, fit preuve, au contraire, d'une remarquable tiédeur, et il fallut menacer les paysans poulies forcer à coopérer à l'enlèvement gratuit et obligatoire de pierres qui ne serviraient plus à rien. Beaucoup se demandaient si c'était pour aboutir à pareil résultat qu'on avait supprimé la corvée avec tant de fracas (la corvée avait été abolie en Limousin par Turgot, dès 1761 ; elle le fut également pour toute la France en 1789, non seulement la corvée seigneuriale mais encore la corvée publique, autrement dite « prestation ». Elle fut rétablie le 20 prairial an II, sous le nom de réquisition, et dans les conditions les plus abusives, puisque les citoyens furent contraints de travailler les uns pour les autres, sous peine de déportation).

Les tyranneaux des départements trouvèrent moyen d'exaspérer encore l'arbitraire de la Convention. J'ai sous les yeux une circulaire des administrateurs d'Uzerche adressée par eux à tous les maires du district en leur transmettant le décret du 20 prairial. A la peine de déportation édictée par la Convention contre les ouvriers agricoles qui se déroberaient à l'obligation de la corvée, ils substituent, de leur propre autorité, la menace de la guillotine, et ce n'était point un vain épouvantail ; le men-

Enfin la partie du château condamnée à mort était tombée le 18 germinal, comme le constate une pièce officielle datée de ce jour et revêtue de la signature du maire et de deux de ses officiers municipaux. Le défroqué requis de signer également s'y refusa avec énergie. Ce n'était pas seulement un misérable, c'était un roué. On ne peut rien invoquer contre une signature authentique, mais on peut toujours nier avoir participé à un acte criminel quand la culpabilité ne laisse pas de témoignages décisifs.

Toujours harcelé par l'esprit de prudence, il ne voulait pas se rendre acquéreur des restes du château et des jardins, quoiqu'on lui offrit le tout à vil prix. Cependant; il fallait que le décret des Loges fût exécuté. Mes parents, quoi qu'il advînt, ne devaient pas rentrer en maîtres dans leur vieille demeure, même en ruinés, et c'est pour cette raison — rien que pour cette raison — qu'on les fit languir dix-huit mois à Paris.

Un petit bourgeois d'Allassac se laissa tenter, en 1802, par l'esprit de Spéculation.

Il morcela les terrains aplanis par la démolition de germinal, an II, ainsi que les beaux jardins escarpés qui grimpaient jusqu'au mur d'enceinte de là petite ville. On a construit sur ces emplacements des masures, maintenant lamentables de vétusté;

Le corps du château, en dépit de son émasculation vandalique, gardait encore belle apparence avec sa tour carrée centrale décapitée, abritant à droite et à gauche deux corps de logis.

N'en pouvant rien tirer et n'osant l'habiter de peur d'être l'objet des moqueries de ses concitoyens, le premier spéculateur le céda à un second.

Celui-ci emprunta de l'argent à un homme qui avait le plus grand intérêt moral à faire disparaître les derniers témoins muets de ses hypocrisies d'antan.

Cet homme n'eut garde de faire exproprier son débiteur, mais il avait assez d'influence sur le conseil municipal pour le déterminer à acheter le monument, sous le prétexte de bâtir une maison d'école. Le marché fut conclu. Le créancier commença naturellement par se rembourser avec les deniers publics; puis Roffignac fut rasé et la maison d'école, telle qu'on la voit encore aujourd'hui, a été construite sur les fondements du château.

En l'édifiant on avait évité, par motif d'économie, de défoncer les caves voûtées qui témoignaient toujours de l'importance et de la solidité des antiques constructions.

En 1897, la municipalité d'Allassac, composée d'ailleurs de braves gens, gênée par ces voûtes pour ses opérations de voirie, en décréta l'effondrement ainsi que la suppression d'une porte gothique, dernier reste des fortifications de la petite ville.

...etiam periere ruinae.

Il n'y a plus rien !... rien de ce Roffignac qui fut, suivant les traditions les mieux accréditées, le berceau du christianisme dans les Gaules; qui aurait abrité saint Martial; qui, sûrement, a donné l'hospitalité au pape Innocent VI, à quatre rois de France, au duc d'Anjou, vainqueur de Jarnac et de Moncontour, à Henri IV, au duc de Bouillon et à son illustre fils, le maréchal de Turenne, à nombre d'autres personnages éminents;... qui avait étendu, à travers les siècles, son ombre bienfaisante sur toute la contrée.

Il existe encore à Allassac une grosse tour ronde ayant toujours dépendu du fief seigneurial. Edifiée par Pépin le Bref, lors de ses guerres contre les aquitains, elle est d'une allure imposante et constitue un beau joyau pour son propriétaire, — sans utilité pratique d'ailleurs.

Elle n'avait pas été vendue et, depuis 1814 jusqu'en 1846 environ, mon grand-père et ses frères avaient exigé de la ville d'Allassac un fermage de deux francs, établissant leur droit de propriété et interrompant la prescription. A cette dernière date, le maire du lieu, sous couleur d'ardente amitié, confia à mon père, avec des tremblements dans la voix, qu'il aurait la douleur de lui faire un procès au nom de la commune, s'il ne renonçait pas à sa rente de quarante sous. Mon père, qui n'était pas processif, céda.

Je fais mention de cette tour parce que les voyageurs la remarquent dans le trajet du chemin de fer de Paris à Toulouse, dominant la plaine, et parce que je ne dois rien oublier de nos revendications.

On l'avait rendue à mon arrière-grand-père, après le décret d'amnistie de 1802, mais il n'en pouvait rien faire.

On lui avait aussi rendu sa maison d'Uzerche, mais dans quel état ?

Diminuée des trois quarts comme son château de Roffignac. Pendant la période jacobine, l'administration d'Uzerche avait, elle aussi, pris un arrêté prescrivant de la démolir sous prétexte qu'elle affectait les allures d'une forteresse et qu'elle flanquait la porte « Pradel », ce qui constituait évidemment une double injure à la liberté.

Ce qu'on voit maintenant de notre vieille demeure ne représente pas même l'ombre de son aspect d'autrefois, quand elle était rapprochée du mur d'enceinte, ornée de tours à ses quatre angles, entourée de murs et de fossés, rendant l'accès de la ville presque impraticable à l'ennemi.

Il est extrêmement probable qu'elle avait été bâtie par mon premier ancêtre limousin, Géraud ; son style architectural est indiscutablement du quinzième siècle, comme on peut s'en assurer par la photographie publiée ci-contre, qui reproduit une gravure ancienne conservée à la mairie d'Uzerche.

La partie de la maison laissée debout, et servant autrefois de communs, avait été convertie en prison où l'on entassa, sous la Terreur, les femmes suspectes du district, et Dieu sait si elles étaient nombreuses !

C'est à cause de cette particularité qu'elle n'avait pas été mise en vente et qu'elle fit retour à son légitime possesseur, mais aussi nue qu'au jour lointain où le maître « ès-art maconnerie » l'avait livrée à son premier propriétaire.

Impossible en 1802 d'acheter des meubles, faute d'argent; donc, impossible de l'habiter.

Mes parents furent réduits à accepter l'hospitalité de l'un de leurs proches.

Ces deux vieillards, qui avaient été les rois de leur pays, rois par l'opulence et la dignité de leur vie, rentrèrent chez eux dénués des ressources les plus élémentaires. La révolution les avait contraints à cette détresse, parce qu'ils auraient commis le crime d'émigration, inexistant en droit pur et rayé expressément du code au mois de septembre 1791.

Le plus étrange, c'est que ce crime, même entendu et interprété dans le sens le plus révolutionnaire, mon arrière-grand-père ne l'a jamais commis.

Titre : Le Pillage des biens nationaux. Une Famille française sous la Révolution
Auteur : Pradel de Lamase, Paul de (1849-1936)
Éditeur : Perrin (Paris)
Date d'édition : 1912
Jean Ferrat
Ma France
Edited: 201503250151







Ma France
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit : "qu'on la fusille"
Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
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Philippe Dasnoy (1934-2014) overleden. R.I.P.
Edited: 201407121488
Philippe Dasnoy
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Philippe Dasnoy
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Biographie
Naissance
1er mars 1934
Décès
12 juillet 2014 (à 80 ans)
Nationalité
Belge
Activité
Journaliste
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Philippe Dasnoy (1er mars 1934 à Bruxelles-12 juillet 2014) est un journaliste de radio-télévision, auteur de documentaires et écrivain belge francophone.


Sommaire
1 Biographie
2 Filmographie
3 Publications
4 Notes et références
5 Liens externes
Biographie
Philippe Dasnoy est le fils du peintre et écrivain Albert Dasnoy.

Son enfance se déroule à Uccle, dans le quartier du Kamerdelle et du Crabbegat, au sein d'un milieu artistique qui lie d'amitié avec la sienne les familles des peintres Rodolphe Strebelle et son épouse, du sculpteur Charles Leplae et de l'illustrateur Hubert Olyff notamment. Au sortir de ses humanités (collège Saint-Pierre, Athénée royal d'Uccle et jury central) il s'associe à des expériences originales d'arts du spectacle comme le "Théâtre flottant" de Maurice Huisman, ou en tant que héraut du cirque De Jonghe en tournée au Congo belge qu'il sillonne pendant deux ans.

Il rentre à l'INR (RTBF) en 1957 comme commentateur radio. Il couvre l'expo 58 avec l'émission quotidienne "Étoile 58"1. Son reportage radiophonique sur "Sercq, la dernière féodalité d’Occident" gagne le Prix Italia 1963 du documentaire2.

Dans les années soixante il présente un temps le journal télévisé3, anime des émissions d'information spéciales4, interviewe des personnalités de la littérature et du spectacle5 autant que des quidams pittoresques6, présente des caméras cachées ("Sans rancune"7), crée le personnage de sketch "swanzeur" bruxellois Serge-Jean-Michel Serge8, et réalise de grands reportages d'actualité, notamment au Congo, en Israël9, à Cuba10 et en Union Soviétique (série de portraits sur "Les Soviétiques"), ainsi que des émissions historiques11 et des reportages sur des sujets de société12.

En 1971, il conçoit une série de 25 émissions historiques consacrées aux actualités cinématographiques diffusées sous contrôle allemand dans les cinémas de Belgique de 1941 à 1944 ("Sous l'occupation")13; il sera ensuite l'auteur d'une série de documentaires commémorant le bicentenaire de l'indépendance des USA ("USA 200"), et, en quatre-vingt, d'une série sur le monachisme bénédictin ("Des moines et des hommes").

Au sein de l'administration de la RTB(F), il occupe les fonctions successives de secrétaire de rédaction du journal télévisé, de responsable des magazines culturels14, et, pour terminer, de directeur de la radio (1986-1994). Il a aussi présidé la Communauté des radios publiques de langue française (CRPLF) et la Commission radiophonique de l'Union européenne de radio-télévision (UER), et a été membre du Conseil consultatif des programmes d'Arte.

Ses écrits se partagent entre l'histoire et l'art du xxe siècle belge.

Il aimait à se retirer dans le petit village ardennais de Nobressart avec son épouse, ses deux enfants et, plus tard, ses deux petits-enfants, amateur des longues promenades et de la cueillette des champignons dans la forêt d'Anlier15.

Il est décédé le 12 juillet 201416.

Filmographie
1967-69 : "Les Soviétiques", série de documentaires (avec Jean Antoine [archive] réal.) : 13 portraits (d'une vingtaine de minutes) de personnes représentatives de la société de l'U.R.S.S. (un instituteur - "Hovhannès, instituteur en Arménie", archive Sonuma [archive] et extrait sur Euscreen [archive] -, une actrice - "Ludmilla Savelieva, actrice de cinéma à Moscou" -, une médecin - "Liana Assatiani, médecin à Tbilissi", archive Sonuma [archive] -, un ingénieur - "Hassan Goumbatov, pétrolier à Bakou", extrait en version anglaise sur Euscreen [archive] -, un gymnaste, un directeur d'usine, une mannequin de mode - "Laïla Kompan, mannequin en Ukraine", archive Sonuma [archive] -, un militaire - "Vladimir Makkaveev, aspirant officier", extrait sur Euscreen [archive] -, un berger, une étudiante vétérinaire, un kolkhozien - "Tarkhil Marti, kolkhozien à Douripche", archive Sonuma [archive] -, un pope de l'Église Orthodoxe - "Arkadie Titchouk, archiprêtre à Vladimir" -, un pilote de ligne - "Alexandrov Agnaïev, pilote de ligne", archive Sonuma [archive] -) : présentation sur Euscreen [archive]
1969 : "L'Inde, la danse et Maurice Béjart", documentaire (Jean Antoine réal.).
1970 : "La Pologne entre deux airs", documentaire (avec Jean Antoine réal.) : sur les juifs expulsés de Pologne, réfugiés sur un bateau dans le port de Copenhague (visible sur Euscreen [archive]).
1975 : "Dans l’île du Mont-Désert chez Marguerite Yourcenar", documentaire (avec Jean Antoine réal.), extrait sur Sonuma [archive]. (publ. vidéo VHS, Ateliers de Diffusion audiovisuelle, 1994).
1976-77 : "USA 200: itinéraires historiques", série de 7 documentaires (avec Jean Antoine réal.) : "Premier voyage - Un retour aux sources"; "Deuxième voyage - Les sentiers de la liberté"; 'Troisième voyage - Vers un nouveau Sud"; "Quatrième voyage - En Louisiane"; "Cinquième voyage - La fin de la frontière"; "Sixième voyage - Le tournant du siècle"; "Septième voyage - La dixième génération ou la recherche du bonheur".
1980 : "Des moines et des hommes", série de 4 documentaires (avec Paul Roland réal.) : "Saint Benoît, homme de Dieu" (extrait sur Sonuma [archive] et sur Euscreen, partie 1 [archive] partie 2 [archive]); "Une règle de vie" (extraits sur Euscreen, partie 1 [archive] partie 2 [archive] partie 3 [archive]); "Du côté des moniales" (archive Sonuma [archive], et extraits sur Euscreen, partie 1 [archive] partie 2 [archive] partie 3 [archive] partie 4 [archive] partie 5 [archive]); "Saint Benoît parmi nous" (archive Sonuma [archive], et extraits sur Euscreen, partie 1 [archive] partie 2 [archive] partie 3 [archive] partie 4 [archive]). (publ. vidéo VHS, Citel Vidéo, 1996).
1981 : "Double portrait chez Albert Dasnoy", documentaire (avec Jacques Cogniaux réal.).
1981 : "Georges Le Brun ou la volonté d'être soi", documentaire (avec Jacques Cogniaux réal.).
1982 : "La note de service", faux reportage (avec Jacques Cogniaux réal.) sur le musicien Justin Capable (joué par l'auteur) : extrait sur Euscreen [archive].
Intervenant dans :

1973 : "Les reporters (n° 4:) Philippe Dasnoy", interview (réal. Jean-Marie Delmée) - extraits sur Euscreen, partie 1 [archive] partie 2 [archive]
2000 : "Ce tant bizarre Monsieur Rops", documentaire (réal. Thierry Zéno), où il joue le rôle du peintre Félicien Rops - fiche technique : site Cinergie [archive]
Date d'intervention à préciser : "Archives" d'Élodie de Sélys.
2009 (8 janvier) : "Cinquante degrés nord" d'Éric Russon (interviewé avec Olivier Strebelle à propos du livre consacré à celui-ci).
2011 : "Mémoire des anciens", interview (réal. Lionel Dutrieux) - extrait sur Sonuma [archive]
Publications
1958 : Anacharsis à l'Exposition: Textes d'Amédée, t. 1 (illustré par J. Plas) et t. 2 (avec photographies de Pierre Cordier), Bruxelles: Éditions Jeune Belgique (présentation des lettres imaginaires lues par l'humoriste Amédée alias Philippe de Chérisey dans le cadre de l'émission radio "Étoile 58" [archive]).
1965 : (texte pour le) Souvenir program (du spectacle) The Birds (Les Oiseaux, de Maurice Béjart), Bruxelles: Théâtre royal de la Monnaie.
1972-73 : avec Jean-Léon Charles, Les Dossiers secrets de la police allemande en Belgique: la Geheime Feldpolizei en Belgique et dans le Nord de la France, t. 1: 1940-1942, t. 2: 1942-1944, Bruxelles: Éditions Arts et voyages.
1973 : "Préface" à Frédéric Vandewalle et Jacques Brassinne, Les Rapports secrets de la Sûreté congolaise: 1959-1960, Bruxelles: Éditions Arts et voyages.
1974 : avec Jean-Léon Charles, Les Secrétaires généraux face à l'occupant: Procès-verbaux des réunions du Comité des Secrétaires généraux (1940-1944), Bruxelles: Éditions Arts et voyages.
1977 : Vingt millions d'immigrants: New-York 1880-1914 en photos, Paris - Bruxelles: Elsevier-Sequoia.
1978 : "Introduction" à André Vanrie, Bruxelles en gravures, Bruxelles: Éditions Erasme.
1981 : Contribution dans Hommage à Albert Dasnoy : Musées Royaux des Beaux-Arts: 13.11.1981-3.1.1982 (Catalogue d'exposition), Bruxelles: Musées Royaux des Beaux-Arts.
1990 : Charles Leplae, Knokke-le-Zoute: Willy D'Huysser Gallery.
2000 : "Introduction" à la réédition d'Albert Dasnoy, Les dieux et les hommes, Bruxelles: Le Cri.
2001 : Versailles disparu: une vision argumentée, gouaches et dessins de Thierry Bosquet, Lausanne: Acatos.
2001 : Strebelle à Paris: Histoires de sculptures, Lier: Antilope Art Books.
2006 : Contribution dans Philippe Beaussant et al., Le temps de l'arbre, illustré par Gabriel Belgeonne et al., Paris: L'abri aux ifs.
2007 : "Avant-Propos" à Pierre Cordier, Le chimigramme (the chemigram), Bruxelles: Éditions Racine.
2008 : Olivier Strebelle: Histoires de Sculptures, avec la collaboration de Pierre Moreau, photographe, Bruxelles: Fonds Mercator.
Divers :

Scénario de ballet : "Les Oiseaux" de Maurice Béjart (1965), sur une musique de Manos Hadjidakis, Théâtre royal de la Monnaie. Cf. Vinyl double LP 33t Odeon-EMI - 33GCX 109-110.
Livret d'opéra : "Gulliver, ou, Le doyen fou" de Guy Barbier (1966), Théâtre royal de la Monnaie et Cirque Royal (1967).
Adaptation de (politique-)fiction pour la radio : "La Grande Peur de 1989" de Max Gallo (1966), RTB; extrait sonore sur Sonuma [archive].
Adaptation de drame pour la télévision : "Agamemnon" d'Eschyle (1967), RTB (BRT).
Dirigé par Florence Bourillon, Pierre Clergeot, Nadine Vivier
De l'estime au cadastre en Europe, Les systèmes cadastraux aux XIXe et XXe siècles / colloque des 20 et 21 janvier 2005
Edited: 200501201561
Édité par Comité pour l'histoire économique et financière de la France.

Dirigé par Mireille Touzery
De l'estime au cadastre en Europe. Colloque des 4 et 5 décembre 2003. L'époque moderne
Edited: 200312041661
Édité par Comité pour l'histoire économique et financière de la France
Histoire économique et financière de la France.

Dirigé par Mireille Touzery
De l'estime au cadastre en Europe. Colloque des 4 et 5 décembre 2003. L'époque moderne
Edited: 200312041661
Édité par Comité pour l'histoire économique et financière de la France
Histoire économique et financière de la France.

MEUWISSEN Eric
C'ETAIT AU TEMPS DE L'INDUSTRIE PAPETIERE WAVRIENNE - L'AVENTURE D'UN EMPLOYE LA HULPOIS
Edited: 199201061010
Le Soir, Lundi 6 janvier 1992, Page 16

Bernard Mathieu et l'industrie papetière wavrienne. Ainsi s'intitule le dernier numéro de la revue bimestrielle «Wavriensia». Une revue dans laquelle Joseph Tordoir signe un article consacré à une des sociétés papetières établies dans l'arrondissement de Nivelles durant la première moitié du XIXe siècle. Une société qui fut à l'origine d'une des trois premières SA du monde de la fabrication du papier.
L'aventure industrielle de Bernard Mathieu, meunier et employé aux papeteries de la Hulpe, commence en 1832 avec la rachat du moulin de Basse-Wavre. Elle continue en 1836 avec l'acquisition de plusieurs parcelles au lieudit: «La Gastuche».
Joseph Tordoir nous apprend ainsi que les premiers travaux de construction de la papeterie de Gastuche commencèrent en juin 1837 et que l'usine de Basse-Wavre abritait un des outillages les plus perfectionnés de l'époque.
Bien vite, note Joseph Tordoir, on parla d'extension. Une extension au lieu dit Asquempont, sous la commune de Virginal. Et les choses prirent une si bonne allure qu'à la fin de l'année 1853, la Société Mathieu et Cie possédait trois papeteries. Respectivement situées à Basse-Wavre, à Gastuche et à Virginal. Elle exploitait à titre de locataire les papeteries de Chaumont-Gistoux et Corroy-le-Grand.
Mais la conjoncture devait bientôt se dégrader et on en vint en 1855 à la dissolution de la société Mathieu et Cie. Les papeteries de Basse-Wavre, Gastuche et Virginal allaient être mises en vente publique. La papeterie de Gastuche et les diverses terres sous Grez, de même que l'usine de Basse-Wavre furent alors acquises par un gros négociant bruxellois: Isidore Mosselman.
Par ailleurs, Guillaune-Joseph de Nelis, bourgmestre de Virginal et président de la Chambre de commerce, racheta la papeterie de Restemont. Il possédait désormais deux papeteries sous Virginal. Il les revendit l'année suivante à Babolein Nicolas-Isaïe Olin et Gustave-Victor Demeurs, respectivement fabricants de papier à Bruxelles et à Huizingen.
On le voit, Bernard Mathieu attira à Wavre, Grez-Doiceau et accessoirement à Virginal, des capitaux et un nombre considérable d'emplois pour la classe ouvrière.
Ainsi on estime que pas moins de trois cent vingt personnes trouvèrent de l'emploi aux papeteries de Basse-Wavre, de Gastuche, de Chaumont-Gistoux et de Corroy-le-Grand. L'usine de Gastuche employait cent nonante ouvriers soit trois fois plus que celle de Basse-Wavre.
Enfin sachez encore qu'une étude plus approfondie de l'histoire de la société des papeteries belges et de la SA qui lui succéda en 1879 sous la raison sociale «Les Papeteries de Gastuche» paraîtra prochainement. On mesurera encore mieux l'importance de l'initiative du meunier de La Hulpe, Bernard Mathieu, dans l'essor économique de la région wavrienne.
E. Mn
«Wavriensia T.XL 1991», no 4. Bulletin du cercle historique et archéologique de Wavre et de la Région. Pages 97 à 121.
coup tegen Bourguiba door Ben Ali
Edited: 198711071461
Le 7 Novembre 1987



LE CHANGEMENT SALUTAIRE ET CIVILISATIONNEL





Samedi 7 Novembre 1987 : l'un des fils vaillants de la Tunisie, Zine El Abidine BEN ALI, alors Secrétaire Général du Parti Socialiste Destourien (P.S.D) et Premier Ministre, opére à la tête de l'Etat, un changement salutaire, dans le strict respect de la légalité constitutionnelle.



En effet, le 7 Novembre 1987 et sur la foi d'un rapport médical établi par les sept médecins habituels -de différentes spécialités- de l'ancien Président Habib Bourguiba, celui-ci est déclaré dans l'incapacité de continuer à assumer les charges de la magistrature suprême. En application de l'article 57 de la Constitution tunisienne, le Premier ministre Zine El Abidine BEN ALI accède à la présidence.



C'est, pour la Tunisie, l'avènement d'une ère nouvelle. La déclaration du 7 Novembre exprime, en effet, les aspirations profondes du peuple à la dignité, à la liberté et à la démocratie et plaide vigoureusement pour le droit de tous les citoyens à une vie politique moderne, dans le respect de tous les droits de l'Homme, dans leur acception globale, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux ou culturels.



En opérant le Changement, Zine El Abidine BEN ALI mettait fin à une longue période d'incertitude politique qui faisait planer les plus lourdes menaces sur le devenir de la Tunisie. A l'époque, en effet, la situation politique était dans l'impasse, la situation économique désastreuse et la situation sociale au bord de l'explosion. Les partisans de l'extrémisme religieux, de la violence et du terrorisme opéraient au grand jour. Le Parti Socialiste Destourien, exsangue, malade de la sénilité de son Président et de la vacance du pouvoir au sommet de l'Etat, n'était plus qu'une machine essoufflée, après s'être déconnecté des réalités du peuple et avoir perdu son influence et sa crédibilité.



Réconcilié avec lui-même et avec ses dirigeants, avec ses réalités et son Histoire, le peuple tunisien, unanime, a, en ce jour mémorable, réservé au Président Zine El Abidine BEN ALI, un accueil à nul autre pareil dans les annales de l'histoire contemporaine du pays.



Une nouvelle page s'ouvrait devant la Tunisie.

http://www.rcd.tn/html/historique/historique10.html (20030929)
aanslagen OAS: 726 acties tegen journalisten, linkse universitairen, ...
Edited: 196210137845
REMOND 1988: 599



Bibliografie van OAS:

BOOKS, (DOCUMENTS, REPORTS, ETC.)



BITTERLIN, Lucien. Histoire des Barbouzes. Paris, France: Editions du Palais Royal, (La Vérité Difficile), 1972. 271+[16] p., ill., ports., facsims., 19 cm.

Bitterlin, Lucien - Organisation Armée Secrète - Algeria--History--Revolution, 1954-1962--Personal Narratives - Mouvement pour la Communauté (MPC).

LC 72321652; BF 72012680.



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Originally published: Paris, France: Editions du Palais Royal, 1972.

Bitterlin, Lucien - Organisation Armée Secrète - Algeria--History--Revolution, 1954-1962--Personal Narratives - Mouvement pour la Communauté (MPC).

ISBN 2900016029; LC 83176528; BF 83010790.



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Organisation Armée Secrète.

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BUCHARD, Robert. Organisation Armée Secrète. [Vol. 1]: février - 14 décembre 1961. [Vol. 2]: 15 décembre 1961 - 10 juillet 1962. Paris, France: Albin Michel, (Aujourd'hui), 1963. 2 Vols. of 203+[4] and 213 p., ill., 18 cm.

France - Algeria - Organisation Armée Secrète - OAS - Terrorism, History, 1961-1962.

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DEMARET, Pierre.; PLUME, Christian. Objectif de Gaulle. Paris, France: Robert Laffont, (L'Histoire que Nous Vivons), 1973. 426+[32] p., ill., ports., facsim., 24 cm.

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ISBN 0803785143; LC 74020658; M-482; S-5398.



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GAUVIN, Jean. Le procès Vanuxem. Paris, France: Editions Saint-Just, [1963]. 283 p., 19 cm.

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JOURON, Patrick. Objectif, de Gaulle. [Orgères-en-Beauce, France]: CCRC, (Evénement et Action), 1986. 205 p., ill., bibliogr. p. 203, 22 cm.

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KAUFFER, Rémi. L'O.A.S.: histoire d'une organisation secrète. [Paris, France]: Fayard, 1986. 423 p., facsims., bibliogr., index, 23 cm.

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ISBN 2213017263; LC 86214992.



LANCELOT, Marie-Thérèse. L'Organisation Armée secrète. [Vol. 1] Chronologie. [Vol. 2] Documents. [Paris, France]: Fondation Nationale des Sciences Politiques, (Documents; 2), 1963. 2 Vols., 22x32 cm.

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Le procès de l'attentat du Petit-Clamart: compte-rendu sténographique. [Vol. 1]: Audiences du 28 janvier au 14 février. [Vol. 2]: Audiences du 15 février au 4 mars. Paris, France: Albin Michel, (Les Grands Procès Contemporains), 1963. 2 Vol. of 1019-iv p., 20 cm.

De Gaulle, Charles, 1890-1970--Assassination Attempt--France--Petit Clamart (City) - Organisation Armée Secrète - Trials--Terrorism, 1963.

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Le procès du Petit-Clamart: exposé des faits, débats, dépositions, réquisitoire, plaidoiries, présentés par Yves-Frédéric Jaffré. Paris, France: Nouvelles Editions Latines, 1963. 643 p., ill., 22 cm.

De Gaulle, Charles, 1890-1970--Assassination Attempt--France--Petit Clamart (City) - Organisation Armée Secrète - Trials--Terrorism, 1963.

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Morland, (Pseud.) - Barangé, (Pseud.) - Martinez, (Pseud.) - Organisation Armée Secrète - Algeria--History, 1945-....

LC 67000030; BF 64013458; S-2353;
OAS opgericht - bronnen
Edited: 196102117879
OAS = Organisation Armée Secrète

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BUCHARD, Robert. Organisation Armée Secrète. [Vol. 1]: février - 14 décembre 1961. [Vol. 2]: 15 décembre 1961 - 10 juillet 1962. Paris, France: Albin Michel, (Aujourd'hui), 1963. 2 Vols. of 203+[4] and 213 p., ill., 18 cm.

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JOYE PIERRE
Légende: Le 27 mars 1957, l'économiste Pierre Joye dénonce dans le quotidien communiste belge Le Drapeau rouge la Communauté économique européenne (CEE) qui symbolise à ses yeux l'alliance du grand capital contre les travailleurs européens.
Edited: 195703270904
L'Europe des trusts
Les cloches de Rome sonnaient à toute volée quand P.-H. Spaak apposa, le premier, sa signature en bas des
traités du Marché commun et de l'Euratom. Les enfants des écoles avaient reçu congé et tout avait été mis en
œuvre pour imprimer un caractère solennel à une cérémonie dont les principaux acteurs s'ingénièrent, assez
lourdement, à exalter l'importance : Adenauer en affirmant que « cette signature est un événement
historique » et Spaak renchérissant en déclarant que « le 25 mars » demeurera la date la plus importante de
l'histoire de l'Europe ».
Radio-Vatican, à vrai dire, fut plus lyrique encore : soulignant que la signature se faisait le jour de
l’Annonciation, quand l’ange Gabriel annonça à la Vierge qu’elle allait être la mère de Dieu, le speaker
pontifical formula le vœu que les traités soient aussi annonciateurs d’une ère nouvelle !
En dépit des carillons, de l'éloquence officielle et de la bénédiction papale, ce pas important vers le Marché
commun ne suscite guère d'enthousiasme dans les pays intéressés.
A Rome déjà, à l’issue de la cérémonie, M. Pineau a eu fort à faire pour défendre des projets qui suscitent de
vives critiques dans son pays. A Bonn, en indiquant les conditions qu'il met à la ratification des traités, le
parti social-démocrate allemand a confirmé que ses perspectives sont diamétralement opposées à celles des
promoteurs de l'Europe à Six.
Et en Belgique même, les premiers commentaires sont fort prudents. Tandis que « La Métropole » exprime
l'avis que « la bataille » pour la défense des intérêts raisonnables de chaque nation participante ne fait que
commencer, « La Cote libre » constate que « plus on avance, plus on se rend compte que la Belgique a joué
dans les négociations un rôle de dupe ». Et « La Wallonie » formule le vœu que le Parlement belge ne se
hâte dans tous les cas pas trop à ratifier les traités.
Comment expliquer cette méfiance qu'on retrouve dans les six pays invités à former un Marché commun ?
En grande partie par des raisons de bon sens. S'il est encore malaisé de mesurer les conséquences exactes,
qu'entraînerait la création de ce Marché commun pour chacun des partenaires, il n'est pas difficile de
prévoir, dès à présent, que des intérêts légitimes risquent d'être sacrifiés dans tous les pays participants.
Une union économique du genre de celle réalisée entre la Belgique et les Pays-Bas présentait un caractère
fort différent. En gros, cette union Benelux réunissait deux économies à peu près complémentaires, notre
pays étant beaucoup plus industrialisé que la Hollande. Dès lors, après une période d'adaptation qui fut du
reste assez difficile, les avantages ont finalement pu surpasser les inconvénients de l'opération.
Pour le Marché commun, la situation se présente tout différemment. Pour prendre le cas de la Belgique, par
exemple, il n'est pas un seul produit fabriqué chez nous qui ne le soit également, soit en Allemagne, soit en
France. Dans de telles conditions, l'ouverture du Marché commun aboutira forcément à une recrudescence
effrénée de la concurrence entre producteurs rivaux, à une guerre au couteau d'autant plus acharnée que la
création même de cette « Europe à Six » risque de rendre plus difficile l'accès aux autres marchés,
notamment aux vastes débouchés que les pays de l'Europe de l'Est et de l'Asie pourraient offrir aux pays
fortement industrialisés de l'Europe occidentale.
Or, le développement de la concurrence n'est pas nécessairement synonyme de progrès économique. C'est
même moins que jamais le cas, en cette époque des trusts et des monopoles où la capacité de résistance des
entreprises dépend moins de leurs qualités intrinsèques que de l'appui que leur accordent les grandes
banques et les holdings.
Dès lors, la création du Marché commun risque surtout d'aboutir au renforcement du capital monopoleur et à
l'élimination des petites et moyennes entreprises, même bien équipées.
Sur ce point, le vieux ministre luxembourgeois Bech s'est montré plus honnête que la plupart de ses
3/3
collègues : s'adressant au parlement de son pays, il a franchement expliqué que le Marché commun
présenterait de très graves dangers pour la moyenne industrie.
Et c'est vrai. La suppression des barrières douanières au sein de l'Europe à Six amènera les grands trusts à
conclure entre eux des accords de cartel, qui leur permettront d'éliminer les firmes indépendantes et de
grossir encore leurs profits.
C'est ce que les grands sidérurgistes ont déjà fait lors de la création de la CECA. : ils ont aussitôt créé le
cartel de l'acier et, depuis lors, ils se sont entendus pour hausser constamment leurs prix.
Dans les secteurs où la concurrence joue encore plus ou moins, dans les industries légères notamment, il en
ira de même : le Marché commun conduira à une concentration plus poussée qui laissera seulement subsister
les entreprises patronnées par les grands groupes monopolistes.
C'est cela qui explique pourquoi les gouvernements s'engagent si volontiers dans une voie qui risque d'avoir
de graves conséquences pour leurs pays.
Ils ne le font pas seulement parce que le Marché commun fait partie intégrante de la politique atlantique des
« blocs » née de la guerre froide.
Ils le font aussi parce que les dirigeants des monopoles, les vrais maîtres du pays, estiment qu'ils
s'accommoderont fort bien de cette Europe unie. Sans doute les grands konzerns allemands joueront-ils un
rôle prépondérant au sein de cette Sainte-Alliance du grand capital, mais les groupes financiers belges,
français, hollandais et italiens considèrent qu'ils sont de taille à s'entendre avec eux.
Du reste, ils n'ont pas attendu le « marché » pour travailler en commun.
La Société générale n'a-t-elle pas introduit l'ex-criminel de guerre Flick à Hainaut-Sambre ? La Brufina n'at-elle
pas fondé avec la Deutsche Bank un consortium pour exploiter l'Afrique noire ? Et Solvay n'a-t-il pas
depuis fort longtemps des filiales prospères en Allemagne, en Italie et en France ?
Au sein de la petite Europe, les trusts internationaux comptent s'arranger entre eux pour exploiter en
commun les travailleurs des six pays. En concentrant la production dans les entreprises qui leur paraissent le
plus rentables et en fermant les divisions où les conditions leur semblent moins favorables, ne fût-ce que
parce que la main-d'œuvre s'y montre moins docile.
N'est-ce pas ainsi qu'ils procèdent déjà, à l'heure actuelle, au sein des différents pays ? Avec le Marché
commun, ils travailleraient en plus grand.
C'est cela l’Europe qu'on nous propose : l'Europe des trusts !

Pierre JOYE
prins Leopold (later koning Leopold III) neemt inboorlingen COD in bescherming
Edited: 192604001565
exacte datum nog op te zoeken

"Cette fois, le duc de Brabant (le futur Léopold III) va plus loin. Rentré d'un séjour à la colonie, il souligne la gravité de la situation démographique congolaise. "La mortalité infantile est effrayante", reconnaît-il notamment. Et, après avoir réclamé la vigilance du pays, il déclare: "Ne perdons pas de vue que l'histoire de certaines colonisations nous montre que des populations entières se sont éteintes au contact de la civilisation blanche." (JOYE 1961: 139) JOYE citeert hier uit 2ième congres colonial belge, Comptes rendus et rapports, Bruxelles, 1926, pages 36-38.

Noot LT: Leopold gaat hiermee rechtstreeks in tegen de belangen van de trusts
DE LAUNAY Jacques
28 januari 1924: Jacques de Launay geboren te Roubaix
Edited: 192401287947
"De op 28 januari 1924 te Roubaix geboren Jacques de Launay is historicus en jurist. Van de 1ste september 1942 tot aan de bevrijding was hij verbindingsagent tussen het OCM en het Onafhankelijkheidsfront. Vrijwilliger 1ste RT (1944-1945). Secretaris van de Minister van Volksgezondheid (1946-1947), daarna van de Europese Beweging (1948-1958). Adjunct-Secretaris-Generaal van Actualités Françaises (1965-1968). Beheerder van Congovox sedert 1967, en sinds 1957 Secretaris-Generaal van de Internationale Commissie voor Geschiedenisonderwijs. Hij is de geestelijke vader van een film 'Le Temps des Doryphores' (De tijd van de Lansdragers) en van een twintigtal geschiedkundige werken, verkocht op een miljoen exemplaren en in 32 vertalingen. Zijn meest bekende werk is: Les Grandes Controverses de l'histoire contemporaine 1914-1945 (De Grote Disputen van de eigentijdse geschiedenis): 155.000 exemplaren. J. de Launay behoorde samen met zijn vriend d'Astier de la Vigerie reeds in 1946 tot diegenen die de excessen van de repressie en de bedriegerijen van het tweedehandsverzet bestreden." (uit DE LAUNAY J. (1974), De geheime geschiedenissen van België. 2de binnenbladzijde)
slavernij afgeschaft in Franse kolonies - maar nog geen stemrecht voor kleurlingen
Edited: 184800000000
Zie het schilderij van François Biard (1789-1882)

20010008 X LEBEDEL Claude Chronologie de l'Histoire de France, 28