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Libération/Laurent Joffrin
Gaat Corsica Catalonië achterna? De verschillen.
Edited: 201712041813
De Barcelone à Ajaccio
La Corse comme la Catalogne ? Cela y ressemble, mais c’est très différent. Certes, les nationalistes ont remporté un succès éclatant en frisant la majorité absolue au premier tour de ces élections régionales (avec une très forte abstention, toutefois) ; certes, l’idée d’indépendance progresse sans cesse en Corse ; certes, les autonomismes et les dissidences émergent partout en Europe ; certes, la Corse n’est pas tout à fait en France (elle est loin, près de l’Italie, elle a gardé sa personnalité malgré l’annexion violente survenue un peu avant la Révolution) ; deux siècles d’intégration républicaine minée par le clientélisme clanique ne l’ont pas effacée comme tant de régions françaises.
Mais les différences sautent aux yeux. A l’inverse de la Catalogne, la Corse est plus pauvre que le reste du pays ; les aides venues de Paris jouent un rôle important dans son économie, même si elle n’est pas «sous perfusion», comme on le dit abusivement (son économie progresse, notamment grâce au tourisme) ; aussi bien, malgré le vote d’hier, personne ne peut affirmer que les Corses veulent couper les ponts avec la France ; il y faudrait un référendum, que les nationalistes sont loin d’avoir gagné d’avance pour la bonne raison qu’on peut parier, dans ce cas, sur une participation beaucoup plus importante ; enfin les vainqueurs, Talamoni et Simeoni, sont des indépendantistes… qui ne veulent pas l’indépendance. En tout cas pas maintenant. Ajaccio est loin de Barcelone…
Pas de panique républicano-patriote, donc. Le grand avantage dans cette affaire, c’est que le nationalisme corse a déposé les armes. Comme toujours, le terrorisme a échoué : c’est l’action politique qui permet aux revendications d’avancer. L’île n’est pas pacifiée pour autant : le banditisme y sévit à un niveau extravagant. Mais au moins, il n’y a plus d’attentats. Les nationalistes vont maintenant pousser les feux vers une plus grande autonomie, ce qui peut se comprendre : la majorité des grandes îles de la Méditerranée ont un statut à part. Langue corse, transfèrement des prisonniers, statut de résident corse : on va négocier. Les mots remplacent les balles, les orateurs sonores – il y a une éloquence corse, spécifique – prennent la suite des tueurs microcéphales. Dans cette approche réformiste, l’indépendance reste un mythe lointain qui laisse l’avenir ouvert. Si le triomphe nationaliste ne débouche pas sur une intolérance c oupable à l’égard de ce qui n’est pas corse (les musulmans, les pinzutti, les étrangers) et qu’on sent parfois dans les motivations des électeurs on aura progressé. Indépendance ou pas.
Et aussi
On dit parfois que les élections n’ont guère d’effet sur la marche des nations, que la politique n’a plus guère d’influence sur la société. En remportant son premier succès législatif, Trump démontre le contraire. Sa réforme fiscale, qui a passé l’obstacle du Sénat et devrait franchir sans trop de mal celui de la Chambre de Représentants, marquera l’histoire économique et sociale du pays.
Baisse de l’impôt sur les sociétés, simplification fiscale profitant d’abord aux plus hauts revenus : le capitalisme américain est exonéré massivement ; les plus riches seront à terme encore plus riches ; la lutte contre les paradis fiscaux est affaiblie. Au passage, Trump et les républicains ont dézingué un peu plus l’Obamacare (qui ressemble désormais à une peau de chagrin), ont autorisé les forages en Alaska et introduit quelques clauses protectionnistes bien senties. Les Etats-Unis, au terme de ce traitement de cheval, seront plus que jamais le continent des milliardaires et des inégalités. Trump est un Reagan isolationniste. Décidément, le clown de la Maison Blanche ne fait pas rire. Pendant la campagne, Trump devait aider la classe moyenne et les oubliés de la mondialisation : il vole au secours du capital et des classes supérieures. Le populisme, décidément, est le moyen le plus sûr de tromper le peuple.